La question revient sans cesse dès que l’incertitude gagne les marchés. Or et franc suisse trônent côte à côte au panthéon des valeurs refuges, et l’épargnant inquiet hésite entre les deux comme entre deux abris pour le même orage. Sauf que la question, posée ainsi, est un peu mal formulée. Car ces deux actifs ne protègent pas contre le même risque. L’un est un métal sans maître, l’autre une monnaie pilotée par une banque centrale. Comprendre ce qui les sépare est alors plus intéressant que d’essayer de couronner un éventuel gagnant.

À retenir

  • L’or n’a aucune contrepartie ; le franc suisse reste une monnaie pilotée par la Banque nationale suisse.
  • Le franc protège contre le risque de change et les chocs géopolitiques ; l’or contre l’inflation et le risque systémique.
  • Les deux actifs sont peu corrélés : Morgan Stanley les juge complémentaires, non substituables.
  • La vraie question n’est pas lequel choisir, mais contre quel risque on cherche à se protéger.

Or ou franc suisse : quelle différence de nature ?

La réponse tient en un mot : la contrepartie. L’or physique n’en a aucune. Le franc suisse en a une, et elle s’appelle la Banque nationale suisse.

Quand vous détenez de l’or physique, vous possédez un actif tangible qui ne dépend de la promesse de personne. Aucune institution ne peut décider d’en créer davantage d’un claquement de doigts, aucun taux directeur ne vient rogner la valeur de vos pièces d’or. Sa rareté est un fait géologique qui n’a rien à faire d’une éventuelle décision politique.

Le franc suisse, lui, reste une monnaie nationale. Sa solidité est réelle, mais elle repose sur la crédibilité d’un État, d’une économie et surtout d’une banque centrale qui en pilote la valeur. Détenir des francs, c’est faire confiance à la Suisse et à la Banque nationale suisse pour préserver ce pouvoir d’achat. Cette confiance est historiquement bien placée, mais elle demeure une confiance : une contrepartie existe, avec ses décisions, ses arbitrages et ses intérêts propres. C’est toute la différence entre un actif que l’on possède en propre et une créance sur un système.

Pourquoi le franc suisse est-il une valeur refuge ?

Parce qu’il coche presque toutes les cases de la stabilité. La Suisse affiche un excédent courant massif, une dette publique faible, une inflation contenue et une neutralité politique éprouvée depuis des siècles. Autant de fondations qui font affluer les capitaux vers le franc dès que le monde tremble.

Cette réputation vient d’ailleurs d’être récemment confortée par une note de Morgan Stanley du 23 février 2026, lequel décrit le franc suisse comme l’actif refuge le plus éprouvé, tant par l’étendue de sa performance à travers différents types de chocs que par la constance de ses résultats positifs pendant ces épisodes. La nuance est importante : ce qui distingue le franc, ce n’est pas l’ampleur de ses gains en cas de crise, mais leur régularité. Là où d’autres refuges réputés se révèlent étonnamment irréguliers dans les tempêtes extrêmes (on sait par quelles montagnes russes l’immobilier peut parfois passer), le franc, lui, répond presque toujours à l’appel. Les stratèges de la banque, menés par David Adams, le qualifient même de devise refuge la plus « proche de l’or » qui soit. 

Cette constance a un revers logique : le franc protège avec fiabilité, mais sans les envolées spectaculaires que le cours de l’or peut parfois connaître. Fidèle à l’esprit suisse c’est un refuge de tempérament modéré, plus que de panache et d’envolée.

Pourquoi l’or reste-t-il une valeur refuge à part ?

Parce qu’il est le seul actif dont la valeur ne dépend d’aucune promesse. C’est sa force ultime et sa singularité.

En temps de crise systémique, quand c’est la confiance dans les institutions elles-mêmes qui vacille, l’or d’investissement offre une protection qu’aucune monnaie ne peut égaler. Il ne fait pas faillite, ne se dévalue pas sur simple décision d’un gouvernement, et ne dépend d’aucune signature. Face à l’inflation qui érode les devises sur le long terme, il conserve un pouvoir d’achat que l’histoire millénaire confirme. C’est l’ultime rempart quand tout le reste est mis en doute.

Évidemment, ce statut a un prix. Une once d’or ne verse aucun revenu : ni intérêt, ni dividende, ni loyer. Le détenir suppose de le stocker et de l’assurer, ce qui représente un coût. Sa fiscalité obéit à des règles spécifiques qu’il convient de connaître avant d’investir. Et à court terme, son cours peut se montrer volatil, capable de reculer même dans des périodes que l’on pourrait croire favorables (on en a eu quelques exemples récemment avec la crise entre l’Iran et les Etats-Unis). Car l’or est avant tout un actif de long terme, pas un pari spéculatif.

Quels sont les risques et limites de chaque actif ?

On l’a vu, chacun porte en lui la contrepartie de ses qualités. Côté franc suisse, le risque tient précisément à ce qui fait sa nature : il est piloté. La Banque nationale suisse fixe un taux directeur, aujourd’hui à 0 %, maintenu à ce niveau tout au long de 2026. Un retour à des taux négatifs est jugé peu probable, mais il n’est pas exclu en cas de choc économique majeur, comme une récession mondiale ou une appréciation trop forte du franc. Or des taux négatifs signifient qu’un détenteur de francs peut, dans certaines conditions, payer pour conserver son épargne plutôt que d’en percevoir un rendement.

À cela s’ajoute la politique de change. La BNS se dit régulièrement disposée à intervenir sur le marché des changes pour contrer une appréciation trop rapide et excessive du franc, jugée menaçante pour la stabilité des prix en Suisse. Autrement dit, la hausse du franc peut se heurter à un plafond implicite : dès qu’il monte trop, la banque centrale peut agir pour le freiner. Le refuge est solide, mais bridé.

Côté or, les limites aussi sont connues : absence de revenu, coûts de détention, volatilité de court terme. Aucune banque centrale ne viendra le soutenir en cas de décrochage passager, mais aucune non plus ne viendra le diluer. Ses défauts sont le reflet exact de son indépendance.

Le tableau suivant résume ces différences de nature.

Comparatif Or vs Franc suisse

Faut-il choisir l’or ou le franc suisse, ou les deux ?

La vraie réponse invalide la question. Rien n’oblige les investisseurs à trancher, et il y a de bonnes raisons de ne pas le faire. Or physique et franc suisse sont en effet peu corrélés entre eux : ils ne réagissent pas aux mêmes signaux, ne montent pas aux mêmes moments, ne couvrent pas les mêmes dangers.

C’est précisément l’argument avancé par Morgan Stanley. Selon ses stratèges, entre l’or d’investissement et le franc il n’y a pas de lien de substitution mais de complémentarité : l’or reste la couverture première contre l’inflation et les crises systémiques, tandis que le franc apporte une protection monétaire et une isolation géopolitique avec une liquidité opérationnelle supérieure. L’un répond au risque que le système lui-même se fissure, l’autre au risque de change et aux secousses géopolitiques du quotidien.

Vus sous cet angle, l’or et le franc ne sont pas deux candidats au même poste, mais deux fonctions différentes dans une même stratégie de protection. La question n’est peut-être pas de savoir lequel choisir, mais de comprendre contre quoi l’on cherche à se prémunir avec chacun d’eux.

Et les pièces d’or suisses, alors ?

Il existe un objet où les deux univers se rencontrent : la pièce d’or suisse, comme le célèbre Vreneli de 20 francs. Mais attention au mirage. Une telle pièce reste avant tout de l’or, dont la valeur suit le cours du métal et non celui du franc. Le franc n’y est qu’un héritage historique, une iconographie, et non pas une seconde protection monétaire. Le trait d’union est symbolique, pas économique. Reste qu’elle offre, en un seul objet, la solidité de l’or et un morceau de l’histoire monétaire la plus stable du monde. De quoi réconcilier les deux camps, à défaut de les confondre.


FAQ

L’or ou le franc suisse en cas de forte inflation ?

L’or est traditionnellement la couverture de référence contre l’inflation sur le long terme, car sa valeur ne peut être diluée par création monétaire. Le franc suisse protège davantage contre les risques de change et les chocs géopolitiques.

Le franc suisse peut-il baisser ?

Oui. La Banque nationale suisse intervient sur le marché des changes pour contrer une appréciation jugée excessive, ce qui peut limiter ou faire reculer sa valeur. Une devise, même refuge, reste soumise à une politique monétaire.

Le franc suisse rapporte-t-il des intérêts ?

Cela dépend du taux directeur de la BNS, fixé à 0 % en 2026. En période de taux négatifs, détenir des francs peut même engendrer un coût plutôt qu’un rendement.

Peut-on détenir à la fois de l’or et du franc suisse ?

Oui, et leur faible corrélation rend cette combinaison pertinente. Les deux actifs couvrent des risques différents, notamment en cas de crise économique, et se complètent plutôt qu’ils ne se substituent.


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Bruno GONZALVEZ

Multi-entrepreneur, auteur et consultant depuis plus de vingt-cinq ans dans le domaine de la communication stratégique, il a plusieurs fois travaillé pour le compte d'entreprises financières dont il décrypte aujourd'hui les coulisses et les mécanismes économiques de base à l'intention du plus grand nombre.