À retenir

  • 4 131,90 $ : l’or recule, pénalisé par un dollar en hausse de 0,6 %.
  • 18 % : la probabilité d’une hausse des taux de la Fed en octobre s’effondre.
  • 150 points de base : la dette française retrouve des niveaux de tension dignes de 2012. 

Or et métaux précieux

L’or spot évolue autour de 4 131,90 dollars l’once, contre 4 181,90 dollars jeudi, soit environ 3 695,77 euros selon les cotations relevées ce matin. Le principal frein vient du dollar : son indice gagne 0,6 %, ce qui renchérit mécaniquement le métal coté en dollars pour les acheteurs utilisant d’autres devises. 

Selon l’article de Reuters précédemment cité, les créations d’emplois américaines ont nettement déçu en septembre et les deux mois précédents ont été fortement révisés à la baisse. Le marché n’attribue donc plus que 18 % de probabilité à une nouvelle hausse des taux de la Fed en octobre, contre 88 % pour décembre. Autrement dit, le scénario d’un nouveau tour de vis immédiat perd beaucoup de terrain, ce qui limite pour l’instant la baisse de l’or. 

Le deuxième facteur reste, encore et toujours, le Moyen-Orient. Le gouvernement yéménite reconnu internationalement et soutenu par Riyad a lancé dimanche une offensive visant à reprendre les territoires contrôlés par les Houthis, soutenus par l’Iran. Davantage de tensions peuvent renchérir l’énergie, nourrir l’inflation et modifier les anticipations de taux, ce qui impacte in fine l’or. Pour l’instant, le Brent recule autour de 101,5 dollars, grâce à l’augmentation des exportations moyen-orientales et à la libération de réserves stratégiques par le G7. 

Pour un détenteur français, il faut aussi regarder le taux de change : l’euro est tombé ce matin jusqu’à 1,1161 dollar, son plus bas niveau depuis 17 mois. Une baisse de l’euro amortit mécaniquement une partie d’une baisse de l’or exprimée en dollars lorsqu’on regarde son prix en euros. 

Techniquement, le marché reste fragile à court terme

Les indicateurs intraday d’Investing.com étaient orientés « Strong Sell » ce matin, avec un RSI autour de 43 et un MACD négatif. Les moyennes mobiles courtes et longues étaient également orientées à la baisse. Le seuil psychologique des 4 100 dollars devient donc le niveau immédiatement visible à surveiller, tandis qu’un retour au-dessus de la zone des 4 180-4 200 dollars atténuerait la pression baissière de très court terme. 

Le contexte structurel reste marqué par une demande institutionnelle importante. 

Argent, platine et palladium

Cours de l’argent à 60,78 $, soit environ 54,48 € l’once

Il reste proche des 61,03 dollars de vendredi. Le métal résiste donc mieux que l’or dans les premières heures de séance, malgré le dollar fort. 

Cours du platine à 1 706 $, soit environ 1 537,10 € l’once 

Contre 1 729 dollars vendredi. 

Cours du palladium à 1 150 $, soit environ 1 047,98 € l’once. 

Géopolitique et économie

La France devient un sujet de marché

Vendredi dernier, le spread entre les obligations françaises et allemandes à dix ans a franchi temporairement 150 points de base, tandis que l’OAT française a approché 5 %. Ce lundi, Reuters relie les inquiétudes sur les finances publiques et le blocage politique français à la chute de l’euro, tombé à son plus bas niveau depuis 17 mois. La toile de fond est lourde : le gouvernement prévoit 54 milliards d’euros d’économies dans son projet budgétaire 2027, alors que la dette atteint environ 119 % du PIB et que l’État prévoit 340 milliards d’euros d’émissions obligataires en 2027. Moody’s, qui note la France Aa3 avec perspective négative, doit actualiser sa notation le 23 octobre. 

Pour les ménages français, une hausse durable des taux souverains tend à augmenter le coût de financement de l’économie et peut se répercuter progressivement sur le crédit immobilier, le crédit aux entreprises et les conditions financières. La BCE interviendra-t-elle ?  Aucun indice en ce sens pour l’instant. 

États-Unis : 5 % n’est plus un plafond théorique

Les rendements américains restent proches de leurs sommets pluriannuels malgré la détente provoquée vendredi par l’emploi. Le marché mondial se retrouve donc dans une configuration inhabituelle où l’emploi américain est moins dynamique et la probabilité de hausse en octobre est en chute libre, mais les rendements longs et le dollar sont toujours élevés. Le dollar fort exerce une pression sur l’euro et renchérit en monnaie européenne les matières premières facturées en dollars, notamment l’énergie.

Moyen-Orient : le paradoxe d’Ormuz

Alors que les tensions militaires restent fortes, les exportations de brut du Moyen-Orient ont dépassé ponctuellement leurs niveaux d’avant-guerre, atteignant entre 19,5 et 22,5 millions de barils par jour sur plusieurs journées fin septembre. En parallèle, les incidents maritimes augmentent autour du détroit d’Ormuz, avec au moins sept événements récents signalés. Davantage de pétrole traverse donc une route devenue plus dangereuse. 

L’offensive lancée au Yémen ajoute désormais Bab el-Mandeb à cette équation. Ormuz et Bab el-Mandeb sont deux passages essentiels des flux énergétiques et commerciaux entre l’Asie, le Golfe et l’Europe. 

Surprise électorale au Brésil

Flavio Bolsonaro arrive en tête du premier tour avec environ 47 % des voix, devant Lula à 45 %, alors que les sondages n’anticipaient pas une telle avance. Un second tour est prévu le 25 octobre. Les questions de coût de la vie et d’endettement des ménages ont pesé dans le scrutin ; son article rapporte également des accusations d’ingérence étrangère, mais celles-ci sont contestées. 

À surveiller

→ Les minutes de la Fed 

Elles seront publiées mercredi : le marché cherchera à comprendre si le mauvais rapport sur l’emploi suffit réellement à provoquer une pause en octobre. 

→ La France et la BCE

Le comportement du spread OAT-Bund et de l’euro sera crucial. Une nouvelle poussée des rendements français poserait davantage la question de la transmission de la politique monétaire dans la zone euro ; les minutes de la dernière réunion de la BCE seront publiées jeudi.

→ Les deux détroits 

Le pétrole est retombé vers 101 dollars malgré de nouveaux combats. Ce fragile découplage entre risque géopolitique et offre pétrolière est à surveiller cette semaine.

→ La réaction du cours de l’or à tous ces éléments. 


Anaïs Bourdon

Anaïs est responsable éditoriale freelance spécialisée dans la finance résiliente et la communication de marque en environnement réglementé.
Elle coordonne la production de contenus pédagogiques à destination des épargnants et des investisseurs chez Veracash et AuCOFFRE.com.
Son approche combine rigueur factuelle, exigence rédactionnelle et connaissance des cadres réglementaires.