C’est le chiffre qui affole tout le monde. Les baby-boomers français vont transmettre (enfin) leur patrimoine et ça s’annonce énorme ! Quelque 9 000 milliards d’euros pourraient changer de mains en France d’ici 2040. Un mouvement d’une ampleur considérable, susceptible de modifier la répartition du patrimoine et les comportements d’épargne. Quelles pourraient être les conséquences pour l’économie française ? Décryptage.

L’essentiel :

  • Pour la première fois dans l’histoire moderne française, un transfert de 9 000 milliards d’euros va avoir lieu : c’est ce que l’on appelle la « grande transmission » ou l’héritage des baby-boomers.
  • Le baby-boom a lieu entre 1946 et 1964, à un moment où la natalité était en forte hausse à la suite de la Seconde Guerre mondiale. Les baby-boomers sont nombreux et ont pu compter sur la hausse du prix de l’immobilier pour se constituer un patrimoine important.
  • La « grande transmission » est un phénomène que l’on constate dans tous les pays industrialisés, avec des conséquences non négligeables sur l’économie nationale avec une possible hausse de l’épargne passive.

La « grande transmission » ou la disparition progressive des baby-boomers

C’est aux États-Unis que ce phénomène a été théorisé sous le nom de Great Wealth Transfer. Le terme désigne le transfert de richesse lié à la disparition progressive des générations nées entre 1946 et 1964. Ceux que l’on appelle communément les « baby-boomers » sont aujourd’hui majoritairement à la retraite et vont transmettre leur patrimoine.

Cette « grande transmission », même si elle n’est qu’à son début, produit déjà des effets, comme le nombre de milliardaires héritiers.

Les héritiers deviennent les nouveaux milliardaires aux États-Unis

Le UBS Billionaires Ambition Report de 2023 constate que pour la première fois, la fortune des milliardaires ayant hérité dans l’année est supérieure à celle des milliardaires self-made. Une autre information très parlante : la moitié du patrimoine est détenue par les baby-boomers.

Cette dynamique a été expliquée par Thomas Piketty, dans son livre best-seller Le Capital au XXIe siècle, publié en 2013. Le ralentissement de la croissance favorise la progression mécanique des richesses accumulées, plutôt que celles produites par le travail. Ce schéma de la répartition du patrimoine est constaté dans tous les pays développés. La croissance de la part de l’héritage dans les patrimoines accroît les inégalités de génération en génération.

Pourquoi les baby-boomers sont-ils devenus aussi riches ?

Si le patrimoine des boomers a évolué aussi vite, c’est parce qu’il est constitué, en très large partie, par de l’immobilier. Résidence principale et secondaire et biens locatifs constituent l’essentiel de ce patrimoine immobilier. La valeur des actifs immobiliers a augmenté deux fois plus vite que le coût des biens de consommation.

Mais ce n’est pas tout : les actifs financiers comme l’assurance-vie ou les actions ont aussi contribué à augmenter le patrimoine des baby-boomers.

À côté de l’immobilier et des placements financiers traditionnels, certains baby-boomers ont également constitué une épargne de précaution sous forme d’or. Historiquement perçu comme une valeur refuge, le métal précieux occupe toutefois une place bien moins importante dans leur patrimoine que l’immobilier, qui a été l’un des principaux moteurs de l’enrichissement de cette génération.

L’héritage devient le facteur déterminant de la constitution du patrimoine

Les Français les plus aisés (et le plus âgés) détiennent la majorité du patrimoine

En France, les plus de 70 ans possèdent ¼ du patrimoine national, et si l’on élargit au plus de 50 ans, cela représente 70 % du patrimoine national détenu. Ces chiffres montrent la concentration du patrimoine entre les mains des personnes retraitées ou en passe de l’être.

Selon le World Inequality Database, la part du patrimoine national français détenue par les 1 % des ménages les plus aisés est passée de 16 % en 1984 à 24 % en 2022. La moitié des Français hériteront de moins de 70 000 euros tout au long de leur vie. Pour un héritier sur dix, cela atteint 500 000 euros. Pour 0,1 % des héritiers, il s’agit de 13 millions d’euros.

C’est ainsi que la fortune héritée représente aujourd’hui 60 % du patrimoine total, contre 35 % au début des années 1970. Ces chiffres montrent que la France est un pays avec une forte inertie intergénérationnelle.

Le risque est de revenir à une société d’héritiers comme cela a été le cas au XIXe siècle : l’héritage comptait pour plus de 80 % du patrimoine.

La démographie est vieillissante

La démographie de la France participe aussi à ce mouvement de « grande transmission ». En effet, les ménages dont la personne de référence est âgée de 70 ans ou plus représentent 22 % du total. La mortalité devrait augmenter pour atteindre 700 000 personnes par an, dans la période 2025-2040. Mais ce n’est pas tout : les héritiers des baby-boomers sont moins nombreux.

En effet, les baby-boomers ont eu moins d’enfants que les générations précédentes. Le contrôle des naissances, avec, entre autres, la légalisation de la contraception, a changé la structure familiale.

La fiscalité des successions très inégalitaire en France

Comment parler d’héritage sans s’intéresser à la fiscalité de la succession en France ? C’est en effet un autre élément déterminant pour expliquer ces 9 000 milliards d’euros.

Une fiscalité qui favorise les héritiers directs

Les droits de succession ont été instaurés en 1791. Leur régime fiscal repose sur la différenciation des abattements, mais aussi des taux en fonction du lien de parenté avec le défunt. La transmission entre conjoints est totalement exonérée de droits de succession. Les droits de mutation à titre gratuit (DMTG) représentent 0,74 % du PIB, ce qui place la France au premier rang de l’OCDE. En revanche, le patrimoine transmis en ligne indirecte (10 % du flux successoral) contribue à hauteur de 50 % des recettes de droits de mutation à titre gratuit.

Les premiers effets se font déjà sentir dans les recettes fiscales de l’État. Jusqu’en 2010, l’État récupérait entre 7 et 8 milliards d’euros par an. Depuis, il a plus que doublé pour atteindre 16 milliards, tandis que les recettes liées aux donations sont passées de 1 à 4 milliards. Soit 20 milliards d’euros dans les caisses de l’État.

La majorité des héritages échappe aux droits de succession

Contrairement à une idée répandue, la majorité des transmissions entre parents et enfants ne donne lieu à aucun droit de succession. En France, chaque enfant bénéficie d’un abattement de 100 000 euros sur la part reçue de chacun de ses parents. Les droits ne s’appliquent donc que sur la fraction de l’héritage qui dépasse ce montant.

Résultat : une grande partie des héritiers directs ne paient aucun impôt au moment de la succession, notamment lorsque le patrimoine est partagé entre plusieurs enfants. La fiscalité devient en revanche beaucoup plus importante pour les patrimoines élevés ou lorsque le bénéficiaire n’est pas un descendant direct.

La grande transmission ou l’héritage des très âgés vers les âgés

C’est l’autre information importante à retenir : les héritiers ne sont pas les Français les plus jeunes. En effet, avec l’allongement de l’espérance de vie, les Français héritent désormais en moyenne après 50 ans. Un héritage sur deux est perçu après 55 ans.

L’héritage change de forme : on passe d’un héritage post-mortem à une transmission tout au long de la vie. Les plus âgés vont aider les plus jeunes lors de l’achat d’un bien immobilier ou d’une voiture, mais aussi lors d’une séparation. Ce filet de sécurité est très important dans la société française contemporaine. Il serait donc intéressant de favoriser la circulation du patrimoine en faisant des donations plus tôt. Et éviter ainsi ce que certains nomment la « gérontocratie patrimoniale », une génération qui thésaurise plus qu’elle n’investit.

À noter : 84 % des successions parents-enfants ne sont pas imposées parce qu’elles sont inférieures à 100 000 euros. Pourtant, les Français s’opposent majoritairement à toute augmentation des droits de successions alors même qu’ils ne sont pas concernés par cette taxation.

La transmission de 9 000 milliards à des retraités

C’est la plus grande crainte pour l’économie française à cause du vieillissement de la population : la plupart des héritiers ne sont plus des jeunes ambitieux pouvant créer de la valeur mais des retraités.

Le transfert de richesse massif va entraîner un phénomène à éviter : l’épargne passive. Il s’agit d’une épargne immobilisée sur des placements sécurisés et peu dynamiques.

D’ailleurs, ces héritiers des baby-boomers qui ont déjà constitué au fil des années leur propre patrimoine immobilier, vont bénéficier de nouveaux revenus locatifs, par exemple. Qui ne seront pas réinvestis de manière dynamique.

Les conséquences économiques de cette « grande transmission »

L’un des risques identifiés est la prudence, la trop grande prudence des héritiers ! L’argent  va rester placé sans servir à financer l’innovation ou les entreprises qui ont besoin de capitaux nouveaux. La notion de « bon père de famille » désuète aujourd’hui est pourtant très symptomatique. Elle reflète la position que risquent d’adopter les prochains bénéficiaires des baby-boomers.

Selon les spécialistes de l’économie, il faudrait pouvoir proposer de nouveaux produits financiers qui permettent à cette énorme manne de produire un effet positif sur l’économie productive.

D’autres pistes de réflexion sont menées pour changer la fiscalité de la transmission et permettre de changer l’opinion des Français, très attachés à la préservation du patrimoine et la sécurisation de l’avenir des proches.

Questions et réponses

Pourquoi transmettre son or avant 70 ans ?

Transmettre son or avant 70 ans permet surtout d’anticiper sa succession et d’organiser progressivement la transmission de son patrimoine. Les donations à un enfant bénéficient d’un abattement de 100 000 €, renouvelable tous les 15 ans. Contrairement à l’assurance-vie, l’âge de 70 ans ne constitue toutefois pas un seuil fiscal spécifique pour l’or.

Quelle est la situation actuelle du transfert du patrimoine des baby-boomers ?

Le transfert de patrimoine des baby-boomers est déjà engagé et devrait s’accélérer dans les prochaines années. Une part importante de leur patrimoine, notamment immobilier, sera progressivement transmise à leurs héritiers qui ont majoritairement plus de 50 ans.

Qui héritera de la fortune des baby-boomers ?

En majorité, il s’agit de leurs enfants. C’est la transmission la plus importante en France. Il faut noter que les baby-boomers ont eu moins d’enfants que les générations précédentes grâce au contrôle des naissances. En moyenne, un peu plus de 2 enfants par famille.

Un petit-enfant hérite-t-il de ses grands-parents ?

En France, un petit-enfant n’hérite généralement pas directement de ses grands-parents si son parent est encore en vie. Il peut toutefois recevoir directement un patrimoine grâce à une donation. 


Sophie Garrigues

Rédactrice Web depuis 2012 et contributrice au blog Veracash. Spécialiste en métaux précieux, moyens de paiement et gestion de budget. J’aime transmettre, décrypter, et dépenser ma pédagogie sans compter !