Les chiffres sont souvent édifiants. Et celui sur l’épargne en or des Allemands l’est pour le moins. En effet, les ménages d’outre-Rhin détiennent à titre privé environ 9100 tonnes d’or, bijoux, pièces et lingots confondus, soit plus du double de ce que possèdent les ménages français (au mieux autour de 4000 tonnes).
À retenir
- Les ménages allemands détiennent plus de deux fois plus d’or que les Français, avec environ 9 100 tonnes contre 4 000.
- Cette différence s’explique surtout par une approche active de l’épargne en Allemagne, où l’or est acheté, contre une détention souvent héritée en France.
- Le traumatisme historique de l’hyperinflation et la méfiance envers la monnaie papier ont ancré l’or comme valeur refuge dans la culture allemande.
- Les portefeuilles allemands, plus prudents et peu rémunérés, intègrent naturellement l’or comme actif de sécurité, contrairement aux Français plus exposés aux actifs liés à l’État.
- En Allemagne, l’or est un outil d’épargne structuré et accessible, tandis qu’en France il reste souvent un patrimoine passif, peu intégré dans une stratégie financière.
Deux pays voisins, deux économies comparables en taille, deux populations aux niveaux de vie proches, et pourtant, un fossé de plusieurs milliers de tonnes de métal précieux. Comment expliquer un tel écart ? Comme souvent en économie, la réponse dépend de plusieurs facteurs, à commencer par l’histoire. Mais faisons d’abord un point plus complet de la situation.
Un fossé en or : le chiffre qui surprend
9 100 tonnes contre 4 000 : l’écart en chiffres
Les données les plus précises sur la détention privée d’or en Allemagne proviennent des études répétées du Steinbeis Research Center for Financial Services, réalisées pour le compte de la Reisebank. La dernière étude en date révèle que les ménages allemands privés détiennent plus de 9089 tonnes d’or (dont 8918 tonnes en lingots), soit une hausse de 270 tonnes par rapport à l’étude précédente de 2019. Un chiffre colossal, qui représente plus de 6 % des réserves mondiales d’or, pour une valeur estimée à environ 616 milliards d’euros.
Au passage, notons que les lingots détenus par les particuliers allemands représentent 2.6 fois les stocks d’or de la Bundesbank (la Banque centrale d’Allemagne).
Du côté français, les estimations sont plus difficiles à établir. Ni l’INSEE ni la Banque de France ne publient de données officielles sur la détention privée d’or des ménages. La quantité d’or détenue par les Français en 2000 se situait entre 3 000 et 5 000 tonnes, selon les recherches de l’économiste Thi Hong Van Hoang, menées notamment sur la base d’anciens documents de la Banque de France. Les estimations actuelles gravitent autour de 4 000 tonnes.
Des Allemands épargnants et des Français héritiers
L’écart entre les deux nations se creuse encore quand on ramène les chiffres à l’individu. Car ce qui distingue la détention d’or en Allemagne, c’est son caractère résolument axé sur l’investissement plutôt que sur une tradition culturelle.
Selon des enquêtes récentes du World Gold Council, plus d’un tiers des Allemands ont à un moment ou à un autre investi dans l’or, et 28 % le font encore aujourd’hui. Ainsi, les ménages privés allemands détiennent environ 109,5 grammes par personne, ce qui fait de l’Allemagne le leader mondial de la détention d’or par habitant, bien que ses avoirs totaux soient très inférieurs à ceux de la Chine ou de l’Inde.
Pour les Français, la détention d’or d’investissement par habitant est significativement plus faible (une cinquantaine de grammes), et même si le métal précieux commence à devenir un actif d’épargne qui se démocratise grâce à des plateformes comme Veracash, l’essentiel du stock détenu à l’échelle nationale est constitué d’or et de bijoux hérités, et non d’achats délibérés de pièces ou de lingots.
Ce détail n’est pas anecdotique. Il révèle une différence fondamentale de posture : là où l’Allemand achète de l’or, le Français en hérite. L’un fait un acte d’épargnant, l’autre perpétue une tradition familiale.
La mémoire longue des Allemands
Weimar, l’hyperinflation et la leçon gravée dans les esprits
Pour comprendre pourquoi un Allemand trouve naturel d’acheter un lingot de 100 grammes auprès de sa banque locale (une pratique courante outre-Rhin), il faut remonter au début des années 1920. La République de Weimar traverse alors une crise monétaire sans précédent dans l’histoire moderne d’un grand pays occidental. En 1923, l’inflation atteint des sommets proprement hallucinants : il faut des milliards de marks pour acheter une miche de pain. Des familles voient leurs économies d’une vie s’évaporer en quelques semaines. La monnaie papier, qui semblait solide la veille, ne vaut plus rien du jour au lendemain.
En savoir plus : L’hyperinflation allemande de 1923
On peut alors comprendre que les Allemands soient fondamentalement allergiques au risque et qu’il est tout à fait ordinaire pour eux d’acheter de l’or physique pour assurer leur sécurité financière. Car le traumatisme de Weimar n’est pas un souvenir lointain et académique pour les familles allemandes, c’est au contraire une leçon transmise sur ces cent dernières années de génération en génération, une conviction viscérale selon laquelle la monnaie peut trahir, et que l’or, lui, ne le fait jamais
Le mark, l’euro et la méfiance structurelle envers la monnaie papier
Cette méfiance ne s’est pas arrêtée à 1923. Elle a traversé la Seconde Guerre mondiale, la dévaluation du mark d’après-guerre, les tensions de la Guerre froide. Et lorsque l’Allemagne a accepté d’abandonner le deutsche mark en 2002 pour rejoindre l’euro, beaucoup d’Allemands l’ont vécu comme un sacrifice. Un sacrifice consenti, certes, mais douloureux. Le mark symbolisait la stabilité retrouvée, la discipline budgétaire, la fierté d’une reconstruction réussie. L’euro, pour une partie de l’opinion allemande, reste une construction fragile dont ils doutent de la pérennité.
Ce scepticisme n’est pas marginal. Il irrigue profondément la culture économique allemande. Les Allemands sont convaincus, peut-être plus que quiconque en Europe, que la confiance dans une monnaie peut s’effondrer, et que mieux vaut avoir un actif tangible dans un coffre que des promesses imprimées sur du papier.
Le rapatriement de l’or : quand l’État lui-même fait confiance au métal
Ce n’est d’ailleurs pas seulement l’épargnant allemand qui pense ainsi. C’est aussi l’État. À partir de 2013, l’Allemagne a entrepris de rapatrier son or entreposé à l’étranger depuis la Guerre froide (300 tonnes depuis New York et 374 tonnes depuis Paris) bien avant le délai prévu.
Cette décision, officiellement présentée comme une question de transparence et de confiance des investisseurs, traduisait aussi un message politique : dans un monde incertain, on veut son or là où on peut le voir. La Bundesbank elle-même partage cette philosophie, arguant que cette transparence suscite la confiance du public, allant jusqu’à exposer une partie de son or dans son musée de l’Argent à Francfort. L’or, en Allemagne, n’est pas un secret honteux, c’est une fierté affichée.
Des portefeuilles aux architectures opposées
L’Allemand conservateur qui se tourne vers l’or faute de mieux
L’épargne allemande présente une caractéristique paradoxale : elle est à la fois très prudente et peu rémunérée. Les produits liquides (comptes-chèques et comptes d’épargne) représentaient 47 % de l’épargne financière en Allemagne, contre 39 % en France. Les Allemands sont davantage portés sur les livrets, les obligations et l’assurance-vie à capital garanti. En comparaison, les portefeuilles français (qu’on dit pourtant très frileux) sont finalement plus orientés vers des produits dynamiques, unités de compte et actions, ce qui génère des rendements réels supérieurs.
Cette prudence extrême de l’épargnant allemand a un effet mécanique : en maintenant une part très importante de son épargne dans des produits à faible rendement, il cherche naturellement un complément de sécurité qui ne dépende pas du système bancaire ou des marchés. L’or remplit parfaitement ce rôle. C’est un actif tangible, universel, qui ne dépend d’aucun émetteur. Dans un portefeuille où les dépôts bancaires dominent, l’or est le contrepoids idéal.
Le Français dynamique qui sous-estime le risque systémique
Le Français, lui, a construit un portefeuille plus sophistiqué en apparence. Mais peut-être plus concentré sur des risques qu’il ne perçoit pas comme tels. L’assurance-vie en fonds euros, par exemple, est garantie par l’assureur… qui lui-même investit massivement en obligations d’État ! L’immobilier, placement préféré des Français, est un actif peu liquide, sensible aux taux d’intérêt et aux cycles économiques. Et le Livret A, aussi rassurant soit-il, est soumis aux décisions politiques sur son taux de rémunération.
Dans ce tableau, la diversification vers un actif réellement décorrélé (l’or physique) fait défaut. Non par ignorance, mais par architecture mentale : le Français a intégré que ses placements institutionnels le protègent. Il n’a pas encore pleinement intégré que ces placements, précisément parce qu’ils sont tous liés à l’État, partagent un risque commun.
Or de bijoux ou or d’investissement : une distinction qui compte
En France, l’or hérité plutôt qu’acheté
Une part significative de l’or détenu par les Français est constituée de bijoux et de pièces transmises par héritage : des Napoléons dormant dans des tiroirs depuis des décennies, des alliances et colliers accumulés de génération en génération. Cet or existe, il est réel, mais il n’est pas le fruit d’une stratégie d’épargne consciente. Il est là par inertie familiale, plus que par conviction patrimoniale.
Cette forme de détention passive ne s’accompagne généralement pas d’une réflexion sur la liquidité, la traçabilité ou la revente. Beaucoup de Français ne savent pas précisément ce qu’ils possèdent, ni comment le valoriser. Ce n’est pas de l’épargne en or au sens strict, c’est du patrimoine dormant.
En Allemagne, l’or comme acte délibéré d’épargnant
En Allemagne, la situation est radicalement différente. Selon l’étude Steinbeis de 2019, 38 % des adultes allemands possèdent de l’or physique d’investissement sous forme de lingots ou de pièces, soit 26 millions de personnes. Plus de 50 % de ceux qui ont acheté de l’or au cours des dernières années ont opté pour des lingots, et un tiers pour des pièces de monnaie.
L’achat d’or est ici un acte banal, planifié, intégré dans une logique d’épargne régulière.
Comme évoqué plus haut, il est d’ailleurs tout à fait ordinaire en Allemagne d’entrer dans une banque pour y acheter des lingots ou des pièces d’or, les banques offrant également des coffres-forts sur place (achat et conservation au même endroit). Cette normalisation de l’achat d’or dans le réseau bancaire traditionnel n’a pas d’équivalent en France, où l’or physique d’investissement reste davantage associé à des acteurs spécialisés, perçus comme plus confidentiels.
En bref…
Dans un monde où les dettes souveraines atteignent des niveaux sans précédent, où l’inflation a rappelé sa capacité à éroder les patrimoines, et où la confiance dans les institutions financières traverse des zones de turbulences, la question mérite d’être posée avec une certaine franchise : les Français font-ils encore un pari raisonnable en confiant l’essentiel de leur épargne à des systèmes garantis par l’État ? Sachant que bien souvent c’est l’État lui-même qui est à l’origine du risque…
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Multi-entrepreneur, auteur et consultant depuis plus de vingt-cinq ans dans le domaine de la communication stratégique, il a plusieurs fois travaillé pour le compte d'entreprises financières dont il décrypte aujourd'hui les coulisses et les mécanismes économiques de base à l'intention du plus grand nombre.



