À retenir
- 4 318 $ : l’or tombe à son plus bas niveau depuis le 7 août.
- 95,68 $ : le Brent s’envole avec la reprise des frappes entre Washington et Téhéran.
- 21 mois : la banque centrale chinoise achète de l’or pour le 21e mois consécutif, la plus longue série jamais enregistrée.
Or et métaux précieux
La guerre s’intensifie, mais l’or baisse.
À 4 318 $ l’once, soit environ 3 715-3 735 €, le métal jaune cède environ 0,6 % mercredi matin et aligne une quatrième séance de baisse. Il a perdu plus de 2 % mardi selon Reuters.
Le mécanisme est assez simple. Les nouvelles frappes américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran font grimper le Brent à 95,68 $, après une hausse de plus de 4 dollars mardi. Or un pétrole plus cher nourrit les anticipations d’inflation ; les marchés envisagent alors des taux directeurs plus élevés et les rendements obligataires montent. Résultat : l’or, qui ne verse pas d’intérêt, subit la concurrence des obligations, tandis que la fermeté du dollar ajoute une pression supplémentaire.
C’est particulièrement visible sur le marché obligataire : le Treasury américain à 10 ans évolue autour de 4,81 %, tandis que le taux japonais à 10 ans vient de dépasser 3 % pour la première fois depuis 1996. Les tensions touchent aussi les obligations européennes.
Analyse technique
Le signal technique s’est dégradé. L’or évolue désormais sous sa moyenne mobile à 200 jours, située autour de 4 528 $ mardi, et a inscrit mercredi matin un plus bas depuis le 7 août. Cette rupture a elle-même déclenché des ventes techniques. À très court terme, la zone des 4 300 $ fait donc office de premier seuil psychologique à surveiller ; en sens inverse, un retour durable au-dessus de la moyenne mobile à 200 jours serait nécessaire pour effacer une partie de la détérioration actuelle.
Les données américaines deviennent maintenant cruciales : le marché attribue 68 % de probabilité à une hausse des taux de la Fed en septembre, contre 35 % vendredi dernier avant le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole. L’emploi privé ADP est attendu aujourd’hui mercredi, avant le rapport officiel sur l’emploi vendredi. Des chiffres robustes pourraient renforcer le scénario de taux élevés ; des données plus faibles pourraient, à l’inverse, détendre quelque peu les rendements.
Les autres métaux précieux
Le cours de l’argent métal à 64 $ l’once, soit environ 55 €
Il recule de 0,9 % mercredi matin, dans le même mouvement de dollar ferme et de remontée des rendements qui pénalise l’or.
Le cours du platine à 1 732 $ l’once, soit environ 1 507 €
Le métal abandonne environ 0,9 %, après une baisse de 1,9 % mardi : à court terme, le mouvement reste dominé par l’aversion au risque et la correction générale des métaux précieux.
Le cours du palladium à 1 288 $ l’once, soit environ 1 132 €
Il perd 1,3 % mercredi après -3,2 % mardi, soit la correction la plus marquée des quatre grands métaux précieux sur ces deux séances.
En arrière-plan, la demande institutionnelle d’or reste néanmoins solide. La Chine mérite une attention particulière : les ETF chinois ont encore attiré des capitaux en juillet et la Banque populaire de Chine a ajouté 20 tonnes à ses réserves, son plus gros achat mensuel depuis fin 2023 et son 21e mois consécutif d’achats. L’Inde, autre poids lourd du marché physique, avait également enregistré 157 millions de dollars d’entrées dans ses ETF or en juillet.
En ce milieu de semaine, c’est l’effet domino pétrole cher → inflation anticipée → taux obligataires plus élevés → pression sur l’or qui domine.
Géopolitique et économie
Iran-USA : l’escalade franchit un nouveau palier
Les États-Unis ont mené mardi une nouvelle vague de frappes contre des installations des Gardiens de la Révolution ; l’Iran a riposté contre des intérêts américains en Jordanie, à Bahreïn et en Irak. Téhéran menace par ailleurs de restreindre davantage le trafic dans le détroit d’Ormuz, par lequel transitait avant le conflit environ un cinquième du pétrole consommé mondialement. Le Brent dépasse désormais 95 $.
La vraie onde de choc passe par les obligations…
Le mouvement dépasse largement les États-Unis : les taux longs montent au Japon, au Royaume-Uni et dans la zone euro. Le Bund allemand évolue sur des niveaux de marché inédits depuis plus d’une décennie et les contrats sur OAT françaises ont touché un plus bas record. Pour la France, ce n’est pas anodin : davantage d’inflation importée et un coût de financement public plus élevé arrivent au moment où les finances publiques sont déjà sous pression.
… Et l’économie française est déjà fragilisée
L’Insee a révisé le PIB à -0,2 % au premier trimestre puis 0,0 % au deuxième, notamment sous l’effet de la dégradation de la production agricole liée aux épisodes climatiques. L’inflation harmonisée a parallèlement accéléré à 2,7 % en août, principalement sous l’effet de l’énergie. La France n’est donc pas techniquement en récession (il faudrait pour en arriver là, deux trimestres consécutifs de contraction) mais sa marge de manœuvre se réduit peu à peu.
Pour les ménages français, cela se traduit par une remontée durable de l’inflation énergétique qui réduit le pouvoir d’achat réel et peut retarder la détente des taux européens. Le contexte rencontre une inquiétude déjà élevée : en juin, 74 % des Français interrogés se disaient inquiets de la situation économique et 77 % considéraient la dette publique comme un risque important pour leurs économies, selon le sondage OpinionWay pour le groupe AuCOFFRE.
À surveiller
→ La Fed, d’abord
ADP aujourd’hui, Livre beige ce soir puis rapport sur l’emploi vendredi : avec une probabilité de hausse de taux désormais proche de 70 %, quelques dizaines de milliers d’emplois de plus ou de moins peuvent fortement déplacer les anticipations de taux, et donc l’or.
→ Ormuz et le pétrole, ensuite
Le seuil des 100 $ sur le Brent redevient imaginable si les flux pétroliers sont davantage perturbés. Ce serait un nouveau test pour l’inflation européenne, les marchés obligataires et les métaux précieux.
→ Enfin, les obligations françaises. La combinaison croissance nulle, inflation énergétique et hausse mondiale des taux rend la préparation du budget 2027 particulièrement sensible.
Anaïs est responsable éditoriale freelance spécialisée dans la finance résiliente et la communication de marque en environnement réglementé.
Elle coordonne la production de contenus pédagogiques à destination des épargnants et des investisseurs chez Veracash et AuCOFFRE.com.
Son approche combine rigueur factuelle, exigence rédactionnelle et connaissance des cadres réglementaires.
