À retenir

  • Près de 100 tonnes d’or russe ont rejoint Hong Kong entre janvier et juillet.
  • 4 414 $ : l’or progresse légèrement jeudi matin avec le recul du dollar. 
  • Plus de 100 $ : le Brent remet l’inflation et les banques centrales sous pression. 

Or et métaux précieux

L’or spot évolue autour de 4 414 dollars l’once jeudi matin, en hausse d’environ 0,3 %.   L’argent atteint 67,50 dollars, tandis que le platine évolue autour de 1 888 dollars et le palladium autour de 1 356 dollars.

À très court terme, le principal soutien vient du dollar, qui recule malgré des rendements obligataires américains élevés. Mais le marché navigue entre plusieurs forces contraires : le Brent reste au-dessus de 100 dollars, les tensions dans le golfe Persique entretiennent les inquiétudes sur l’énergie et le marché attribue désormais environ 60 % de probabilité à une hausse des taux de la Fed en septembre. Les prix à la production américains publiés jeudi, puis l’inflation vendredi, seront donc particulièrement suivis.

Mais derrière les mouvements quotidiens du cours se produit un changement plus structurel : la route de la soie serait-elle en train de se paver d’or ?

Hong Kong devient une porte d’entrée pour l’or russe

Nous l’évoquions dans la brève d’hier, la Russie a expédié près de 100 tonnes d’or vers Hong Kong pendant les sept premiers mois de 2026, soit presque trois fois plus qu’un an auparavant, selon les données du Financial Times. Depuis début 2022, les entités hongkongaises auraient acheté environ 35 milliards de dollars d’or russe.

Le mouvement s’explique notamment par les sanctions imposées par les États-Unis et le Royaume-Uni sur l’or russe après l’invasion de l’Ukraine. Coupés d’une partie des circuits occidentaux traditionnels, les producteurs russes ont progressivement réorienté leurs exportations vers l’Est. Ni Hong Kong ni la Chine continentale n’appliquent les mêmes restrictions sur l’or russe.

Hong Kong n’est d’ailleurs pas qu’une destination finale. Une partie du métal y reste stockée, tandis qu’une autre rejoint ensuite la Chine continentale. Les quotas chinois sur les importations directes rendent le territoire particulièrement utile comme intermédiaire.Hong Kong a parallèlement lancé en juillet un système pilote de compensation de l’or, avec l’ambition de renforcer sa place sur le marché asiatique et de gagner du terrain face aux places historiques que sont Londres et New York. 

Londres et New York restent des centres majeurs du marché mondial, mais les sanctions occidentales accélèrent le développement de circuits reliant directement producteurs russes et acheteurs asiatiques.

Ce signal mérite d’être entendu. Il montre comment les sanctions peuvent modifier les lieux de stockage, les infrastructures et, à terme, les routes commerciales de l’or physique. On dit souvent que pour comprendre le monde, il faut suivre l’argent… Visiblement, il faut aussi suivre l’or. 

Argent, platine et palladium

L’argent évolue autour de 67,50 dollars l’once, soit environ 58,11 euros, en hausse par rapport aux 66,20 dollars observés mercredi. Comme l’or, il bénéficie jeudi matin d’un dollar plus faible.

Le platine se situe autour de 1 888 dollars l’once, soit environ 1 630 euros, après 1 828 dollars mercredi ; il cède toutefois environ 0,4 % dans les échanges observés jeudi matin. Le palladium évolue autour de 1 356 dollars, contre 1 333 dollars mercredi, en progression d’environ 0,2 % sur la séance.

Géopolitique et économie

Le pétrole repasse la barre des 100 dollars
Le Brent évolue jeudi autour de 101 dollars le baril, après avoir franchi mercredi les 100 dollars pour la première fois depuis juillet. L’escalade entre les États-Unis et l’Iran, ainsi que les attaques houthis contre des installations énergétiques saoudiennes, ont ravivé les inquiétudes sur l’approvisionnement mondial.

Surtout, la normalisation du détroit d’Ormuz reste très incertaine. Les données préliminaires recensent seulement sept passages de navires mercredi, contre douze mardi et une moyenne de quatorze sur dix jours. Ces chiffres restent incomplets puisque certains navires circulent transpondeur éteint. 

La BCE face au choc énergétique
C’est le rendez-vous monétaire du jour. La BCE devrait relever jeudi son taux de dépôt de 2,25 % à 2,50 %, alors que l’inflation de la zone euro a atteint 3,3 % en août.

Le suspense porte donc moins sur la décision de septembre que sur la suite. Une partie des économistes estime que 2,5 % rapproche déjà la politique monétaire d’une zone neutre, tandis que Deutsche Bank envisage encore une hausse à 2,75 % en décembre si les pressions inflationnistes persistent.

Pour les ménages français, la remontée des prix de l’énergie ne concerne plus seulement le pétrole. Elle peut désormais peser sur les taux d’intérêt, le crédit et plus largement les conditions de financement dans la zone euro.

À surveiller

→ La BCE aujourd’hui
Plus que la hausse attendue à 2,5 %, il faudra écouter Christine Lagarde sur la possibilité d’un nouveau relèvement et sur la manière dont Francfort analyse le choc pétrolier.

→ L’inflation américaine
Les prix à la production arrivent jeudi, avant les prix à la consommation vendredi. Avec une probabilité de hausse des taux de la Fed remontée autour de 60 %, une surprise peut rapidement déplacer le dollar, les rendements obligataires et les métaux précieux.


Anaïs Bourdon

Anaïs est responsable éditoriale freelance spécialisée dans la finance résiliente et la communication de marque en environnement réglementé.
Elle coordonne la production de contenus pédagogiques à destination des épargnants et des investisseurs chez Veracash et AuCOFFRE.com.
Son approche combine rigueur factuelle, exigence rédactionnelle et connaissance des cadres réglementaires.