À retenir

  • 4 333 $ : l’or perd près de 2 % par rapport à jeudi matin.
  • 4,97 % : le taux américain à 10 ans se rapproche du seuil des 5 %.
  • Près de 110 $ : le Brent rallume les inquiétudes sur l’inflation mondiale. 

Or et métaux précieux

L’or spot évolue autour de 4 333 dollars et environ 3 735 euros l’once vendredi matin, soit près de 1,9 % de baisse en dollars en vingt-quatre heures. 

L’explication se trouve surtout sur le marché obligataire.
Le PPI américain a progressé de 0,4 % en août, renforçant les anticipations de hausse des taux de la Fed ; le Treasury américain à 10 ans atteint 4,97 %, son plus haut depuis trois ans, tandis que le dollar reste proche de son sommet hebdomadaire. Le marché estime désormais à environ 70 % la probabilité d’une hausse de 25 points de base de la Fed la semaine prochaine. 

En parallèle, le Brent a touché 109,97 dollars vendredi dans la nuit  après un bond de 6 % jeudi et gagne près de 13 % sur la semaine. Les flux restent fortement perturbés dans le détroit d’Ormuz, tandis que l’avancée des Houthis autour du port yéménite de Mocha fait peser un risque supplémentaire sur la mer Rouge. Seulement sept navires ont franchi Ormuz jeudi, contre environ 125 grands navires commerciaux quotidiennement avant la guerre. Le pétrole nourrit donc les anticipations d’inflation, lesquelles nourrissent celles de resserrement monétaire et poussent les rendements obligataires vers le haut. 

Techniquement, le passage rapide sous 4 400 dollars dégrade la configuration de très court terme. Le marché revient désormais à proximité du seuil psychologique des 4 300 dollars ; à la hausse, 4 400 dollars redevient le premier niveau évident à reconquérir. Le CPI américain attendu ce vendredi pourrait toutefois rebattre les cartes en quelques minutes : les métaux sont actuellement très sensibles aux mouvements du dollar et des rendements américains. 

Le recul dépasse largement l’or.
L’argent tombe à 63,60 dollars, soit environ 55 euros l’once, contre 67,50 dollars jeudi : près de -5,8 % en vingt-quatre heures.
Le platine recule à 1 778 dollars, soit 1 544,87 euros, contre 1 882 dollars jeudi.
Le palladium tombe à 1 273 dollars, soit 1 117,63 euros, contre 1 339 dollars. Argent, platine et palladium amplifient ainsi le mouvement observé sur l’or.

Ce décrochage intervient pourtant après une forte demande sur les ETF adossés à l’or en août. Les encours physiques mondiaux ont augmenté de 121 tonnes pour atteindre un record de 4 189 tonnes, avec 18 milliards de dollars d’entrées nettes. 

Dans le même mouvement, les banques centrales restent acheteuses nettes d’or. En juillet, leurs achats nets ont atteint 23 tonnes, selon les dernières données disponibles. La Chine (+20 t) et la Pologne (+8 t) ont été les principaux acheteurs, tandis que la Russie a notamment vendu 6 tonnes. Depuis janvier, les achats nets déclarés atteignent environ 130 tonnes, selon le World Gold Council.  

Géopolitique et économie

Le marché obligataire est devenu la courroie de transmission du choc pétrolier
Aux États-Unis, le Treasury à 10 ans atteint 4,9708 %, tandis que le 30 ans monte à 5,3803 %, son plus haut niveau depuis dix-neuf ans. Le mouvement ne se limite pas aux États-Unis : les taux australiens à trois ans ont atteint leur plus haut niveau depuis quinze ans et le 10 ans japonais approche 3 %. JPMorgan estime désormais que huit des neuf principales banques centrales des économies développées pourraient relever leurs taux avant la fin de l’année. Attention, il s’agit seulement d’une projection. Wait and see… 

Les obligations et les actions pourraient moins bien se compenser qu’avant
L’ESMA alerte sur le décalage entre des valorisations élevées, notamment dans la technologie, et une situation macro-financière qui se dégrade. Le régulateur européen estime que cet écart augmente le risque de correction brutale ; il s’agit d’une analyse de risque, pas d’une prévision de krach (ESMA, 10 septembre 2026).

En Europe, la BCE vient d’ajouter un tour de vis
La BCE a relevé jeudi son taux de dépôt de 25 points de base à 2,50 %, sa deuxième hausse de 2026, alors que l’inflation de la zone euro a atteint 3,3 % en août. Christine Lagarde a prévenu que le choc énergétique pouvait durer, la BCE cherche donc à empêcher la hausse de l’énergie de se diffuser durablement aux prix et aux salaires. 

L’OAT française à 10 ans a touché 4,43 % jeudi
Et l’écart avec le Bund allemand a dépassé 90 points de base, selon les données disponibles. Dans le même temps, l’Insee ne prévoit plus que 0,4 % de croissance française en 2026, contre 0,7 % précédemment, avec un pouvoir d’achat des ménages attendu en recul de 0,4 %. Bercy devrait de son côté ramener ce vendredi sa propre prévision autour de 0,5-0,6 %, mais cette information n’était pas encore officiellement confirmée lors de l’écriture de cette brève.

Cocktail du moment : croissance faible + pétrole cher + taux élevés + déficit important
Une activité moins dynamique pèse sur les recettes publiques, tandis que des rendements souverains plus élevés renchérissent progressivement le refinancement de la dette et que le choc énergétique entraîne de nouvelles dépenses. Pour un ménage français, cette tension se transmet notamment aux conditions de crédit et aux marchés obligataires ; elle pèse aussi sur la valorisation des supports obligataires détenus directement ou via certains contrats d’assurance-vie. Les conséquences de ce mécanisme vont dépendre de la durée du choc et des actifs détenus. 

À surveiller

→ Le CPI américain, publié ce vendredi. Un chiffre supérieur aux attentes pourrait renforcer les anticipations de hausse de la Fed ; inversement, une surprise plus faible pourrait détendre les taux. 

→ Le seuil de 5 % du Treasury à 10 ans sera également scruté.

Et bien sûr, la tendance du cours de l’or en réaction à tous ces éléments…


Anaïs Bourdon

Anaïs est responsable éditoriale freelance spécialisée dans la finance résiliente et la communication de marque en environnement réglementé.
Elle coordonne la production de contenus pédagogiques à destination des épargnants et des investisseurs chez Veracash et AuCOFFRE.com.
Son approche combine rigueur factuelle, exigence rédactionnelle et connaissance des cadres réglementaires.