Or et métaux précieux
L’or ouvre ce lundi sous les 4310 dollars l’once, les marchés digérant encore le choc de vendredi suite à l’annonce des emplois américains.
La leçon de cette semaine. Les NFP de mai ont créé 172 000 emplois, soit le double des 85 000 attendus. Un marché du travail américain aussi solide repousse mécaniquement toute perspective de baisse de taux par la Fed et renforce le dollar, deux forces qui pèsent sur l’or. L’or a réagi comme un actif monétaire, pas comme une valeur refuge. Loin d’être une surprise, c’est la mécanique classique du court terme. Les banques centrales continuent quant à elles d’acheter, discrètement, confirmant l’appétit de la demande institutionnelle pour le métal jaune.
Repères techniques. En ce 8 juin 2026, l’analyse globale du cours de l’or confirme une forte correction technique suite à la publication de chiffres de l’emploi américain plus élevés que prévu. Sur le marché physique, le cours au comptant (Gold Spot) s’établit en temps réel à environ 4 298 dollars l’once, affichant une baisse de 0,68 % sur la séance après avoir déjà subi son plus lourd plongeon quotidien depuis mars lors de la session précédente. Cette dynamique baissière globale est validée par la configuration des indicateurs de cours qui oscillent désormais dans une structure de « drapeau baissier » (bear flag) et propulsent l’or vers son plus bas niveau depuis 11 semaines. L’alignement des moyennes mobiles de long terme et des indicateurs de momentum comme le MACD maintient un signal technique de « Vente Forte » (Strong Sell), même si la proximité d’une zone de survente fait anticiper par certains analystes une zone de retournement potentiel à l’approche de la fenêtre cyclique de juin, ou “summer lull”.
Le summer lull ou quand l’or part en vacances. L’annonce des NFP se superpose en effet à une saison généralement calme pour le métal jaune. Les grands gérants de hedge funds sont au bord de la piscine, les acheteurs institutionnels attendent la rentrée, et la demande joaillerie indienne marque une pause avant la saison des mariages d’automne. George Milling-Stanley, stratégiste or chez State Street Global Advisors, résume le phénomène : « Le “summer lull” ne devrait pas vraiment être un facteur majeur, mais beaucoup de gens y croient encore, donc ils vendent en anticipation. »
Argent, platine, palladium
La dynamique baissière déclenchée par le rapport sur l’emploi américain s’impose fermement sur l’ensemble du complexe des métaux précieux, poussant les cours vers des plus bas de 11 semaines.
L’argent efface ses récents gains en s’établissant en temps réel à 67,25 dollars l’once (-0,07 % sur la séance mais en net recul hebdomadaire), enfonçant sa moyenne mobile à 200 jours (68,40 $) et affichant un RSI en forte zone de survente.
De leur côté, le platine et le palladium subissent une forte pression vendeuse croisée : le platine décroche de -2,42 % à environ 1 754 dollars l’once, tandis que le palladium se stabilise péniblement autour de 1 200 dollars l’once, frôlant un support critique à 1 195 dollars qui, s’il cède, ouvrirait la voie à une accélération baissière généralisée.
Géopolitique et économie
En mer d’Oman, deux récits contradictoires. Vendredi 5 juin, la marine iranienne a affirmé avoir tiré des missiles de croisière Qadir et déployé des drones Shahid Dana contre deux destroyers américains en mer d’Oman, les forçant à se replier vers l’océan Indien. CENTCOM a démenti catégoriquement dans l’heure suivante : aucune attaque n’a eu lieu, et « cela constituerait une violation grave du cessez-le-feu. » Deux versions incompatibles, deux sources officielles aux intérêts opposés. Biais à signaler des deux côtés : PressTV est média d’État iranien, CENTCOM est porte-parole militaire américain. Ce qui est confirmé, c’est la réelle tension en mer d’Oman, les négociations en suspens, et le détroit d’Hormuz qui reste fermé.
Les surprises du jour
Le café redescend, mais El Niño guette. Le café arabica a chuté de plus de 20 % depuis le début de l’année 2026. L’explication est simple : le Brésil prévoit une récolte record, en hausse de 17 % par rapport à 2025. Les torréfacteurs soufflent enfin et pour les consommateurs français qui ont vu leur paquet de café bondir de 50 % entre 2023 et 2025, c’est une bonne nouvelle… Mais elle reste fragile. En effet, le risque de super El Niño dont nous parlions la semaine dernière pourrait peser de nouveau sur les prix: si le phénomène climatique se confirme cet été, il pourrait relancer l’envolée des prix.
En parlant de café, saviez-vous qu’à Wall Street, des experts goûtent et recrachent des dizaines de tasses par jour pour coter le café sur les marchés. Ce métier existe bel et bien, et n’est pas prêt d’être remplacé par des robots !
Et puisqu’on mentionne les bots, sachez qu’ils ont pris le dessus sur internet. Pour la première fois, le trafic internet généré par des bots dépasse le trafic humain : 57 % contre 42 %, selon Matthew Prince, PDG de Cloudflare. Ce basculement, qui était attendu pour fin 2027 seulement, est un signal discret mais qui compte : le web que nous connaissons est désormais majoritairement fréquenté par des machines, pas par des humains. Le paysage numérique se redessine donc, et le secteur de l’investissement n’échappe pas à la tendance.
Ce qu’il faut surveiller aujourd’hui
→ Réaction de Washington aux déclarations iraniennes du weekend. La marine iranienne affirme avoir tiré des missiles en mer d’Oman vendredi. CENTCOM dément catégoriquement. Deux versions officielles incompatibles, encore une fois. Si Washington durcit le ton, les négociations sur Hormuz reculent encore.
→ Ouverture des marchés asiatiques et européens. Première séance après le double choc de vendredi : NFP à 172 000 emplois et escalade navale contestée. Tokyo, Shanghai et Francfort ouvrent ce matin dans un contexte redessiné. La direction prise dans les premières heures donnera le ton de la semaine pour l’or, l’argent et les taux obligataires européens.
Anaïs est responsable éditoriale freelance spécialisée dans la finance résiliente et la communication de marque en environnement réglementé.
Elle coordonne la production de contenus pédagogiques à destination des épargnants et des investisseurs chez Veracash et AuCOFFRE.com.
Son approche combine rigueur factuelle, exigence rédactionnelle et connaissance des cadres réglementaires.

