2025 aura été une année déroutante : des taux qui refluent, un immobilier qui trébuche, une Bourse nerveuse, des livrets qui reculent en prétendant suivre l’inflation, tandis que l’or grimpe sur des sommets historiques. Forcément, après un constat pareil, il est normal de vouloir se préparer au mieux à l’année 2026 qui se profile. Avec une question fort légitime en tête : quels placements méritent encore leur place dans un patrimoine personnel ?

Ce qu’il faut retenir

  • Les livrets réglementés restent utiles pour la trésorerie, mais leur rendement réel pourrait redevenir négatif.
  • L’assurance-vie conserve son intérêt, mais les fonds euros restent en retrait face à l’inflation.
  • L’immobilier entre dans une phase de correction durable, avec de fortes disparités régionales.
  • Les marchés financiers demeurent porteurs mais instables, exigeant une vraie diversification.
  • Les cryptomonnaies s’institutionnalisent, sans pour autant gagner en prévisibilité.
  • L’or a offert en 2025 l’une des meilleures protections contre l’inflation et reste un pilier de stabilité pour 2026.

Livret A, LDDS, LEP : une valeur sûre qui s’érode

Indétrônables dans le cœur des Français, les livrets réglementés ont pourtant rappelé en 2025 une vérité simple : la sécurité se paie, et le prix en est un moindre rendement qu’affiché.

2026 : le grand retour des taux réels négatifs ?

En février 2025, les taux d’intérêt du Livret A et du LDDS sont passés de 3 % à 2,4 %, avant d’être ramenés à 1,7% le 1er août. Et on s’attend à ce que ces taux soient encore abaissés à 1,4% au début de l’année 2026. Autant dire qu’avec une inflation totale qui continue de tourner autour des 1%, la plus-value réelle est nettement plus famélique que ce qu’on nous vend.

Pire encore, selon les projections macroéconomiques de la Banque de France, l’inflation hors énergie et alimentation devrait atteindre 1,6 % en 2026. Résultat : le rendement réel (rendement nominal moins inflation) redeviendrait négatif. Autrement dit, chaque euro placé risque de perdre de sa valeur d’ici la fin de l’année 2026.

Les détenteurs du LEP (Livret d’épargne populaire), avec un taux ramené au mieux à 2,4% en 2026, devraient pouvoir tirer leur épingle du jeu, mais il faut rappeler que ce livret est réservé aux revenus modestes, ce qui limite sa portée dans une analyse globale des placements disponibles au grand public.

La sécurité comme seule promesse

La tendance semble claire : sans choc inflationniste majeur ou décision politique inattendue, les taux servis resteront modestes en 2026. D’autant que, si la BCE continue sa politique de détente monétaire, il y a peu de chance de voir augmenter les taux réglementés.

Et même si l’inflation repartait brusquement à la hausse, le temps que les livrets répercutent cette hausse, les capitaux investis auront été placés à un taux largement négatif.

Par conséquent, les livrets réglementés restent le socle liquide d’une épargne saine et constituent un matelas d’urgence essentiel. Mais ils ne sont certainement pas un moteur de croissance patrimoniale. Ils garantissent la préservation du capital investi, mais pas le pouvoir d’achat.

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Assurance-vie : un produit toujours star qui se cherche

Si on en croit les médias et la Banque de France, l’assurance-vie demeure le placement préféré des Français. Cependant, elle termine 2025 avec un certain tournis. Entre fonds euros en convalescence et unités de compte bousculées par les marchés, la star des placements se cherche une nouvelle identité.

2025 : les fonds euros respirent, les unités de compte tanguent

Les fonds euros ont légèrement relevé la tête après plusieurs années difficiles, affichant pour 2025 un rendement attendu autour de 2,5 % à 3 % brut. Une amélioration suffisante pour battre l’inflation, mais qui reste instable et menacée par la politique budgétaire du pays, laquelle semble vouloir augmenter la taxation du capital.
Les unités de compte, quant à elles, ont reflété l’instabilité des marchés. En effet, le CAC 40 a navigué entre inquiétudes géopolitiques, orientations floues des banques centrales et rotations sectorielles brutales. La performance attendue fin 2025 oscille autour de 6 % à 8 %, mais ce chiffre brut masque des écarts considérables entre secteurs.

2026 : un placement long terme, mais pas magique

L’année 2026 devrait voir se prolonger ces tendances, mais il faut tenir compte des discussions autour du budget de la Sécurité sociale qui, jusqu’à récemment, portait encore une hausse de 1,4 point de la CSG sur les revenus du capital. Cette augmentation des prélèvements sociaux, qui passeraient donc de de 17,2% à 18,6%, toucherait bien évidemment l’assurance vie, en particulier les intérêts annuels des fonds en euros.
Côté unités de compte, ces supports conserveront un potentiel réel, mais au prix d’une exposition marquée au risque, et sous le coup d’une fiscalité de moins en moins avantageuse.
Finalement, l’assurance-vie reste une excellente enveloppe à long terme, mais difficile de s’y engager les yeux fermés.

Immobilier 2025-2026 : l’actif qui n’a plus de certitudes

Après plus de dix ans d’euphorie, où posséder un bien locatif semblait presque aussi simple que d’ouvrir un livret, 2025 aura été l’année du réveil brutal. Le marché a rappelé qu’il pouvait être risqué, exigeant, capricieux même, et qu’un actif aussi tangible soit-il n’est jamais synonyme d’actif invulnérable. Les prix ont décroché dans une grande partie du territoire, et les investisseurs ont découvert (ou redécouvert) que l’immobilier n’est pas qu’un levier d’enrichissement automatique ; c’est un domaine technique où le coût des contraintes peut parfois dévorer la rentabilité.

2025 : un marché en repli durable

La correction engagée depuis fin 2023 s’est confirmée avec une ampleur inattendue : les prix ont déjà pas mal reculé depuis les sommets de 2022, avec des baisses pouvant atteindre 10% ou plus dans certaines grandes métropoles ou les zones qui avaient flambé au cours de la décennie précédente. Ce reflux n’est pas seulement conjoncturel, il est structurel, car il résulte de plusieurs forces simultanées qui agissent comme un étau.

La première tient au crédit. Certes, les taux ont entamé une détente, mais ils restent nettement supérieurs à ceux de l’ère 2016–2021. Le pouvoir d’achat immobilier, déjà laminé par la hausse précédente, n’a pas pu se reconstituer. Beaucoup de ménages ont renoncé à acheter ou ont dû réduire drastiquement leurs ambitions, entraînant une baisse mécanique de la demande.

La deuxième force vient des normes énergétiques. Le DPE est devenu un acteur à part entière du marché : il peut faire chuter la valeur d’un bien, empêcher une mise en location ou imposer des travaux dont le coût dépasse parfois 20 % de la valeur du logement. De nombreux investisseurs, surtout ceux qui avaient misé sur des logements anciens, ont découvert à quel point la transition énergétique pouvait transformer un actif rentable en gouffre financier.

La fiscalité constitue la troisième pression. Entre les réformes en cours et celles qui sont évoquées régulièrement, il règne une incertitude qui pèse lourdement sur les décisions d’investissement. La location meublée n’offre plus la même visibilité qu’auparavant, les niches fiscales sont discutées, modifiées ou rabotées, et la perspective d’une fiscalité plus homogène entre meublé et nu inquiète les propriétaires. Le locatif, autrefois refuge par excellence, est devenu un actif qui demande une vigilance constante et une gestion rigoureuse.

Au total, 2025 aura montré que l’immobilier peut se retourner très vite, parfois violemment, rappelant à tous que la pierre est solide, mais pas infaillible.

2026 : un marché technique, pas encore renaissant

L’année 2026 s’annonce moins brutale, mais pas franchement plus sereine. La baisse des taux, que la BCE devrait poursuivre, apportera un peu d’oxygène au marché et permettra à certains projets d’achat de redevenir envisageables. Pourtant, peu d’indices laissent présager un rebond général et spontané.

Le pouvoir d’achat immobilier reste très affaibli : même avec une détente monétaire, les prix restent globalement élevés et ne correspondent plus aux revenus des ménages. Le moment est bon pour vendre, pas pour acheter. Sauf que l’un ne va pas sans l’autre, et l’ajustement pourrait donc durer encore plusieurs trimestres.

Par ailleurs, la transition énergétique continue d’alourdir le coût de possession. Isoler, rénover, mettre aux normes : autant de dépenses qui viennent rogner la rentabilité locative et compliquer la projection financière à long terme. Les propriétaires qui avaient bâti leur rentabilité dans l’ancien sans prendre en compte les aspects énergétiques n’ont plus d’autre choix que d’investir lourdement ou de revoir leur stratégie.

Enfin, le risque politique demeure omniprésent. Il concerne autant la fiscalité que les réglementations locales, l’encadrement des loyers, les obligations de travaux ou l’évolution future du statut du bailleur. Dans ces conditions, l’immobilier reste un pilier patrimonial solide, mais certainement pas un actif tranquille. Il n’est plus “évident” comme il a pu l’être par le passé ; il redevient un investissement qui nécessite du discernement, des calculs précis et une vision claire.

2026 ne sera donc pas l’année de la renaissance, mais celle de la clarification. Les investisseurs avertis pourront y trouver des opportunités, mais il faudra accepter que la pierre soit devenue un actif plus technique qu’intuitif, moins mécanique et beaucoup plus sélectif.

Les marchés financiers : une année 2025 pleine de vertiges

Il y a des années où la Bourse semble marcher droit. 2025 n’en fait pas partie. Entre rebonds éclairs, trous d’air spectaculaires et records historiques à peine croyables, le marché actions a offert un grand huit permanent.

Une Bourse qui avance sur une seule jambe

Le CAC 40 terminera probablement l’année en territoire positif, autour de +7 % à +10 %, si on en croit la progression des 11 premiers mois. Mais derrière cette apparente bonne santé se cache une réalité beaucoup plus contrastée.

D’un côté, les géants du luxe et de la tech européenne ont retrouvé des couleurs, dopés par la baisse progressive des taux et par une demande plus solide qu’attendu aux États-Unis. De l’autre, les valeurs cycliques (automobiles, métallurgie, construction) ont vacillé tout au long de l’année, prises en étau entre le ralentissement chinois et les hésitations de la BCE.

La Bourse a donc progressé, mais à cloche-pied. Beaucoup d’épargnants en ont fait l’amère expérience : ceux qui avaient tout misé sur ce qui marchait en 2022 ont découvert qu’un portefeuille mal diversifié peut devenir un fardeau. Et que le terme “cyclique” n’avait pas été choisi au hasard.

En 2026, des marchés globalement haussiers dans un paysage accidenté

Pour 2026, les analystes restent prudemment optimistes. On peut en effet prévoir sans trop de suspense que la BCE poursuivra sa détente monétaire, dans un contexte où l’inflation continuera à refluer sans jamais disparaître. On peut aussi supposer que les entreprises européennes montreront toujours une certaine résilience, surprenant encore les analystes comme en 2025. Mais cette apparence de vigueur ne doit pas masquer la réalité de l’économie mondiale, laquelle reste traversée par des tensions géopolitiques persistantes, des chaînes d’approvisionnement encore fragiles et une fragmentation commerciale qui complique les prévisions.

Les actions conservent donc leur rôle naturel : un moteur de croissance sur le long terme. Seulement, ce moteur hoquette parfois, et il exige d’avoir un bon amortisseur sous la forme d’un autre actif plus stable dans le patrimoine.

Crypto-actifs : la maturité ou l’impatience ?

2025 a vu le marché crypto atteindre de nouveaux sommets historiques, tout en restant l’un des segments les plus volatils et spéculatifs pour un investisseur particulier.​ Ce n’est pas sur ce marché qu’on peut espérer gagner en stabilité. Toutefois, il a son intérêt d’une autre manière.

Records, volatilité et normalisation progressive

En 2025, le Bitcoin (BTC) a inscrit un nouveau sommet historique au-delà des 126 000 dollars, avant de perdre à plusieurs reprises jusqu’à 20% en quelques jours, illustrant une volatilité toujours extrême malgré une adoption institutionnelle croissante. L’Ether a suivi la tendance avec des phases de hausse à 3 000 dollars et plus, puis des corrections rapides, confirmant son statut d’actif de croissance encore loin d’être stabilisé.​

Les ETF Bitcoin au comptant lancés aux États-Unis en 2024 ont drainé des dizaines de milliards de dollars d’encours (asséchant au passage d’autres enveloppes patrimoniales plus traditionnelles comme les actions, par exemple), offrant un accès réglementé au BTC et contribuant à améliorer la liquidité ainsi que la profondeur de marché. Cependant, les flux sont restés très cycliques, alternant fortes périodes d’entrées et épisodes d’importants retraits, ce qui a entretenu les mouvements brusques de prix plutôt que de les lisser complètement.​ 

Sur le plan réglementaire, l’entrée en application du cadre européen MiCA a marqué une étape clé de la “normalisation” : meilleure sélection des fonds, exigences prudentielles accrues pour les plateformes et clarification du statut de nombreux jetons. Les États ne traitent plus les cryptos comme une anomalie passagère, mais comme une nouvelle classe d’actifs à encadrer. Ce qui n’empêche pas le marché de gagner ou perdre plusieurs milliers d’euros en une journée, selon que l’on est dans une phase d’euphorie ou de stress.​ Il est donc normal que ce marché fasse encore peur…

2026 : un actif d’appoint, pas un pilier patrimonial

Pour 2026, les cryptomonnaies conservent un réel potentiel, porté par la poursuite des flux vers les ETF au comptant, les développements de la finance décentralisée (DeFi) et l’utilisation croissante de blockchains comme Ethereum dans la tokenisation ou les applications financières. De nombreux scénarios de marché envisagent encore des niveaux de prix élevés pour le Bitcoin, mais toujours avec des amplitudes de correction susceptibles de dépasser 30 à 40% en cas de retournement.​ De quoi glacer le sang des investisseurs les plus téméraires.

Dans un patrimoine de particulier, les cryptos restent avant tout un actif spéculatif à très forte volatilité, plus proche d’un “pari technologique” de long terme que d’un support de stabilité financière. Elles ne remplacent ni un fonds euro, ni l’immobilier, ni l’or physique, mais peuvent jouer un rôle de diversification mesurée, souvent limitée à une faible part du patrimoine global pour ne pas mettre en danger la sécurité de l’épargne.​

Au mieux, les cryptomonnaies doivent être envisagées comme un actif “ludique”, un complément opportuniste à un socle composé d’actifs plus classiques : liquidités, obligations, immobilier et métaux précieux. Notamment l’or physique qui conserve un rôle de réserve de valeur moins corrélée aux cycles spéculatifs numériques.

L’or : l’exception qui confirme toutes les règles

On entend régulièrement que « l’or ne rapporte rien ». C’est exact si l’on parle d’intérêts ou de dividendes. Mais en 2025, il a rapporté quelque chose de bien plus concret et de bien plus rare : du pouvoir d’achat.

2025 : une année record, chiffres à l’appui

L’année a été tout simplement exceptionnelle. Au mois d’octobre, le cours de l’or en euros a dépassé les 3 700 € l’once, un niveau jamais atteint auparavant. Depuis le 1er janvier, la progression dépasse les 40 %, ce qui revient à ajouter près de 1 000 € de valeur pour chaque once détenue en début d’année. Une performance qui dépasse largement celle des actions européennes, écrase les rendements obligataires et renvoie les produits d’épargne réglementés dans les cordes.

Cette hausse spectaculaire ne doit rien au hasard. Elle est la conséquence directe d’un dollar ballotté par la politique monétaire américaine, d’une Europe en quête de stabilité, et d’un climat géopolitique qui ne cesse d’alimenter la demande de valeurs refuges. Surtout, elle est portée par les achats massifs des banques centrales (plus de 1 000 tonnes accumulées en 2024 et un rythme toujours soutenu en 2025), confirmant que l’or n’est pas un vestige du passé, mais bien un actif stratégique mondialisé. 

Un actif solide, qui plus est, car rien dans ces moteurs structurels ne relève d’une bulle spéculative.

2026 : l’or ne promet rien et c’est justement ce qui rassure

Impossible de prédire ce que fera le cours de l’or l’an prochain. Tout rédacteur sérieux se garde de promettre une trajectoire haussière ou baissière pour un actif donné, mais encore moins pour l’or. En janvier 2025, personne n’aurait imaginé que l’once d’or, qui était alors aux alentours de 2500 euros, irait chatouiller les 3800 euros 10 mois plus tard.

Toutefois, pour l’année à venir, on ne peut nier que les fondamentaux qui ont soutenu la montée du métal jaune en 2025 restent solidement installés : dédollarisation progressive menée par les BRICS, tensions géopolitiques persistantes, banques centrales toujours acheteuses nettes, inflation américaine qui refuse obstinément de revenir à 2 %.

C’est vrai que l’or ne distribue ni coupon ni rendement. Et pourtant, il fait ce que peu d’actifs savent faire : traverser les cycles économiques en préservant du pouvoir d’achat. C’est cette constance, plus que la performance brutale de 2025, qui séduit aujourd’hui les épargnants. À l’aube de 2026, l’or ne promet rien, mais on peut continuer à lui faire confiance.

Et c’est exactement ce que l’on attend d’un rempart patrimonial.


Bruno GONZALVEZ

Multi-entrepreneur, auteur et consultant depuis plus de vingt-cinq ans dans le domaine de la communication stratégique, il a plusieurs fois travaillé pour le compte d'entreprises financières dont il décrypte aujourd'hui les coulisses et les mécanismes économiques de base à l'intention du plus grand nombre.