En janvier 2026, l’once d’or atteignait 5 589 dollars. Un record absolu, après une année 2025 qui avait déjà battu tous les pronostics même les plus optimistes : 53 nouveaux sommets historiques en douze mois, une progression de 68 % sur l’exercice, le franchissement de la barre des 5 000 dollars qui paraissait tellement irréaliste, utopique. Bref, rien ne semblait pouvoir arrêter le métal jaune qui enchaînait les records.
Et puis la correction est arrivée, nette, brutale, sans appel. En quelques semaines, l’once d’or a perdu environ 15 % de sa valeur. Alors oui, on partait de très haut, mais ça a quand même fait mal. Et aujourd’hui, tandis qu’on arrive doucement à la mi-année, les courbes sont toujours aussi moroses. Il y a bien eu des tentatives de rebond, c’est vrai, mais aucune qui ait vraiment tenu.
Si bien que la question qui commence à circuler dans les salles de marché, mais aussi dans les conversations des épargnants avertis, c’est de savoir si janvier 2026 était LE sommet, le top dont on ne peut plus que descendre désormais, nous éloignant définitivement des prévisions à 6 000, 7 000 dollars ou davantage et qui relevaient peut-être finalement d’un optimisme naïf.
Essayons de mettre un peu d’ordre dans tout ça.
À retenir
- Depuis son record de 5 589 dollars en janvier 2026, l’or subit une correction nette et prolongée, alimentée par le rebond du dollar, des taux réels plus fermes et des ventes forcées liées aux appels de marge.
- Un marché qui a progressé de 68 % en un an présente forcément des signes de surchauffe technique, et l’histoire rappelle que les corrections peuvent durer plus longtemps qu’on ne l’anticipe.
- Les fondamentaux contredisent pourtant le scénario du grand sommet de l’or qui serait définitivement derrière nous.
- Le consensus institutionnel reste résolument haussier .
- Le diagnostic le plus probable est celui d’une phase de consolidation exceptionnellement longue après une montée elle aussi exceptionnelle, avec plusieurs facteurs déclencheurs à surveiller.
Une correction qui dure, et qui interroge
De 5 589 à 4 500 dollars : la trajectoire depuis janvier
Le moins qu’on puisse dire c’est qu’après l’euphorie de 2025, le recul de début 2026 a été rapide. Dès la fin janvier, l’or a commencé à décrocher, mais, à 5400 dollars l’once, on y croyait encore. Simple correction technique, qu’on disait. Sauf qu’en mars, une chute plus marquée a effacé plusieurs semaines de gains d’un seul coup. Et depuis, ça n’a pas cessé de dégringoler. Mi-mai, l’once gravitait autour de 4 500 dollars, soit un repli de près de 1 100 dollars depuis le dernier pic.
Là, difficile de parler de simple « respiration » technique.
Les raisons immédiates : dollar, taux réels et prise de bénéfices
Rétrospectivement, on peut comprendre le mécanisme qui s’est mis en œuvre. Tout d’abord, le dollar a commencé à se renforcer (après avoir dépassé les $1,20 pour un euro), simple réaction mécanique qui a comprimé le cours de l’or libellé en billets verts. Les taux réels américains se sont alors raffermis, réduisant du même coup l’attrait relatif de l’or qui ne distribue ni intérêt ni dividende. Et surtout, on l’oublie parfois, l’or avait tellement monté en 2025 que les positions spéculatives accumulées depuis 2024 regorgeaient de plus-values latentes.
Quand les marchés d’actions ont vacillé en mars, beaucoup d’investisseurs ont vendu leur or pour couvrir leurs pertes par ailleurs. Pas parce qu’ils ne croyaient plus au métal, mais juste parce qu’ils avaient besoin de liquidités, et que l’or était leur actif le plus profitable.
Le problème c’est que ce mécanisme des appels de marge s’est révélé brutal et il a transformé temporairement une valeur refuge en simple variable d’ajustement.
Ce qui plaide pour un sommet déjà passé
Un marché techniquement épuisé
Soyons honnêtes sur ce point : après une hausse de 68 % en un an, tout actif présente des signes de surchauffe. Les indicateurs techniques qui suivent la dynamique des cours pointaient, dès janvier, vers un marché en zone de surachat. Plusieurs analystes avaient d’ailleurs émis des mises en garde en début d’année. Non pas sur la tendance de fond, mais sur le rythme insoutenable de la progression.
Un marché ne monte pas indéfiniment à ce rythme (un adage dit que « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel »). Des phases de consolidation prolongées, parfois douloureuses, font partie du cycle normal. L’or de 2011 à 2018 l’a démontré de façon presque pédagogique : par exemple, après un sommet à 1 900 dollars en septembre 2011, il a fallu attendre 2020 pour retrouver ces niveaux. Ce précédent mérite quand même d’être rappelé…
Des moteurs de court terme qui s’effritent
À côté de ça, les prévisions très haussières du début d’année reposaient en partie sur l’anticipation de baisses de taux de la Fed en 2026. Sauf que ces baisses, on les attend toujours, et certains sont même en train de parier sur de futures hausses éventuelles. De son côté, JPMorgan note que les deux variables les plus déterminantes à court terme pour le cours de l’or sont l’accessibilité du détroit d’Ormuz (et donc la trajectoire du pétrole et de l’inflation) et la politique monétaire de la Fed. En gros, si l’inflation reste collante et si les taux restent élevés plus longtemps que prévu, l’or perd l’un de ses carburants habituels.
Le World Gold Council le formulait d’ailleurs clairement dans son rapport d’avril 2026 : des taux plus élevés pour plus longtemps peuvent constituer des vents contraires pour l’or, en particulier sur les marchés occidentaux.
Heureusement, il reste les fondamentaux
Une demande à 193 milliards de dollars au T1 2026
Puisqu’on parle du WGC et des chiffres publiés dernièrement, on doit quand même noter un certain nombre d’éléments qui laissent penser que, non, le pic de l’or n’est peut-être pas définitivement derrière nous. Ainsi, au premier trimestre 2026, la demande totale d’or a progressé (modestement) de 2 % sur un an pour atteindre 1 231 tonnes. Mais c’est surtout la valeur de cette demande qui a explosé à +74 % pour un record historique de 193 milliards de dollars. Les achats de lingots et pièces ont quant à eux bondi de 42 % pour atteindre 474 tonnes, le deuxième trimestre le plus fort jamais enregistré.
Ça, ce n’est pas le comportement d’un marché qui se vide de ses acheteurs. C’est au contraire un marché où la demande physique reste remarquablement solide malgré des prix élevés.
Les banques centrales n’ont pas arrêté d’acheter
Dans le même ordre d’idées, les banques centrales ont effectué des achats nets de 244 tonnes au T1 2026, dépassant à la fois le trimestre précédent et la moyenne des cinq dernières années. La Banque populaire de Chine a même plus que doublé ses achats par rapport au trimestre précédent. Quant à la Turquie, l’Inde ou la Pologne, elles continuent d’accumuler.
Il faut bien comprendre que ces institutions n’opèrent pas comme des spéculateurs. Elles n’achètent pas de l’or parce qu’un algorithme leur a signalé une opportunité de court terme. Elles achètent dans une logique de décennie, de diversification stratégique des réserves, de réduction progressive de la dépendance au dollar. Ce type d’acheteur ne se détourne pas parce que le cours a reculé de 15 %. Il en profite. Et ça soutient le marché de l’or sur le long terme.
Le consensus institutionnel reste (très) haussier
Alors certes, les grandes banques ont revu leurs prévisions à la baisse depuis janvier, mais leurs cibles de fin d’année 2026 restent encore très positives. JPMorgan, encore elle, maintient un objectif de fin d’année à 6 000 dollars l’once dans son dernier rapport de recherche sur les métaux précieux publié le 17 mai, tout en abaissant sa prévision moyenne annuelle. Goldman Sachs réitère de son côté un objectif de fin d’année à 5 400 dollars (prudent mais optimiste quand même). UBS vise 5 600 dollars. Quant à Wells Fargo, ses prévisions se situent dans une fourchette entre 6 100 et 6 300 dollars.
On ne parle pas de clubs d’investisseurs qui font des estimations au doigt mouillé. Ces établissements ont des équipes entières dédiées à l’analyse des matières premières. Leurs modèles intègrent des données macroéconomiques très pointues, qui tiennent compte des tensions géopolitiques, des dynamiques de flux et de tout un tas d’éléments mûrement étudiés. Et pour ces gens-là, le grand cycle haussier est loin d’être terminé.
Ce qu’on doit retenir de tout ça
Le bon diagnostic semble finalement s’orienter davantage vers une pause qu’un retournement, même si ce n’est jamais facile de faire la distinction en temps réel.
Mais soyons clairs : un changement de régime se caractérise par une rupture des fondamentaux, une demande qui s’effondre, des banques centrales qui vendent, un risque géopolitique qui se dissipe durablement, une politique monétaire qui bascule vers un resserrement prolongé. Rien de tout cela n’est visible aujourd’hui.
Un effet rebond de consolidation
Ce qu’on observe en revanche ressemble à une sorte de « digestion ». Certains parleraient de « gueule de bois ». Après une montée aussi exceptionnelle que celle qu’on a connue durant plus d’une année, il n’est pas étonnant que le marché consolide. Et qu’il le fasse en proportion.
Alors oui, les positions spéculatives se purgent, les acheteurs de court terme sortent. Mais les acheteurs de conviction, eux, qu’il s’agisse des banques centrales, des investisseurs institutionnels ou des épargnants en quête de protection durable, reprennent progressivement leur place. Et profitent même des replis des cours pour acheter davantage.
En tout cas, le consensus des analystes s’accorde sur un point : le plancher du cours de l’or s’est structurellement relevé en un an, avec la zone des 4 400 à 4 600 dollars considérée désormais comme un support critique. On est clairement en face d’un actif qui reprend son souffle, et qui n’est pas du tout à la fin de son cycle.
Les variables à surveiller
En fait, ce qui décidera de la prochaine impulsion tient à peu de choses, mais elles sont essentielles.
- Tout d’abord, la trajectoire des taux réels et du dollar. Si la Fed commence à signaler des baisses, même timides, le coût d’opportunité de détenir de l’or diminue mécaniquement. En d’autre termes, l’or devient plus attractif. Goldman Sachs quantifie même ce mécanisme avec précision : chaque baisse de taux de 25 points de base génère environ 60 tonnes de demande supplémentaire en ETF or dans les six mois qui suivent. Trois baisses en 2026, et c’est 180 tonnes supplémentaires qui entrent sur le marché. Et une demande qui s’accroît, c’est un cours qui monte.
- Ensuite, il y a la persistance des tensions géopolitiques et énergétiques. Tant que le détroit d’Ormuz reste une question ouverte, tant que la prime de risque géopolitique reste élevée, l’or conserve un socle d’acheteurs structurels. Ici, une résolution rapide du conflit en Iran serait le scénario le plus défavorable à court terme pour le cours de l’or (effet refuge en repli). Mais ce scénario n’est apparemment pas à l’ordre du jour.
- Enfin, il faudra continuer à observer les flux ETF et les achats des banques centrales. Ce sont les indicateurs les plus fiables pour distinguer une simple respiration d’un vrai retournement. Or, le World Gold Council l’indique clairement dans ses perspectives : la demande d’investissement et les achats des banques centrales devraient rester soutenus par le risque géopolitique persistant. Et tant que ces flux restent positifs, le plancher tient.
Tous les éléments d’une nouvelle remontée de l’or sont là
Donc, finalement non, le pic de l’or n’est probablement pas derrière nous. Principalement parce que les fondamentaux qui ont alimenté la hausse depuis 2024 sont toujours là, intacts dans leur majorité. La demande physique reste forte. Les banques centrales continuent d’accumuler. Le consensus institutionnel vise des niveaux très supérieurs aux cours actuels.
Ce que janvier 2026 a peut-être représenté, c’est un sommet intermédiaire, une étape pour souffler dans un cycle plus long. Une prochaine impulsion viendra probablement relancer la tendance haussière du cours de l’or. La question est simplement de savoir ce qui la déclenchera, et combien de temps il faudra encore l’attendre.
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Multi-entrepreneur, auteur et consultant depuis plus de vingt-cinq ans dans le domaine de la communication stratégique, il a plusieurs fois travaillé pour le compte d'entreprises financières dont il décrypte aujourd'hui les coulisses et les mécanismes économiques de base à l'intention du plus grand nombre.

