Le cours de l’or spot rebondit brutalement autour des 4 173 dollars l’once, propulsé par un puissant short squeeze des traders qui réagissent à la réaccélération de l’inflation globale, au resserrement monétaire surprise de la BCE et au maintien d’une forte prime de risque géopolitique dans le détroit d’Ormuz.
Évolution du cours de l’or et des métaux précieux
Le métal jaune a vécu une séance de montagnes russes hier et s’échange en ce vendredi matin autour de 4 173 dollars l’once. L’or vient de toucher un point bas de six mois avant de rebondir verticalement grâce à un puissant short squeeze (rachats massifs de positions vendeuses par les traders).
Ce grand huit est alimenté par deux forces qui se percutent de plein fouet. D’un côté, une macroéconomie américaine brûlante : l’indice des prix à la production (PPI) a bondi de 1,1 % sur un mois en mai, poussant l’inflation annuelle à 6,5 %. Cette surchauffe fait craindre que la Réserve fédérale ne garde ses taux élevés bien plus longtemps, ce qui pèse habituellement sur l’or. De l’autre, le chaudron géopolitique du détroit d’Ormuz maintient une prime de risque réflexe qui l’emporte ce matin.
Techniquement, la bataille a tourné à l’avantage des acheteurs. Le cours de l’or a pulvérisé l’ancienne résistance des 4 154 $ pour s’ouvrir la voie vers le pivot psychologique des 4 200 dollars. Les analystes estiment que le risque d’un effondrement vers les 4 040 $ est écarté à court terme, la structure chartiste reprenant des couleurs. Les ETF spécialisés restent prudents face à cette volatilité, tandis que les banques centrales émergentes, Chine en tête, continuent de surveiller ces niveaux pour recharger discrètement leurs coffres.
Argent, platine, palladium.
Du côté du reste de la table de Mendeleïev, les autres métaux précieux profitent de ce violent short squeeze pour s’installer dans le vert, s’ajustant sur les cours acheteurs :
- L’Argent : Le métal gris s’offre une spectaculaire envolée à 66,50 dollars l’once. Techniquement, l’argent surperforme l’or sur cette session en réintégrant son ancienne zone de support devenue résistance, s’éloignant définitivement du plancher dangereux des 61 dollars grâce à un retour massif des flux acheteurs à l’ouverture européenne.
- Le Platine : Il rebondit vigoureusement pour s’échanger autour de 1 720 dollars l’once. Graphiquement, le platine efface sa dégradation de la veille et franchit à la hausse le pivot clé des 1 700 dollars.
- Le Palladium : En cohérence avec le reste du secteur, le palladium maintient sa dynamique de stabilisation et s’échange ce matin autour de 1 232 dollars l’once. Après avoir défendu avec succès son support des 1 210 dollars, il confirme son rebond technique de fierté, porté par sa sensibilité structurelle aux tensions d’approvisionnement industrielles et énergétiques exacerbées par le conflit iranien.
Géopolitique et économie
Nous attendions la conférence de presse de Christine Lagarde, c’est fait. La Banque Centrale Européenne (BCE) a décidé de relever ses trois taux directeurs de 25 points de base. La raison n’est pas secrète : les tensions au Moyen-Orient font peser un risque majeur sur les prix de l’énergie. Les projections des équipes de la BCE font désormais état d’une inflation moyenne révisée à la hausse à 3,0 % pour 2026, tandis que la croissance de la zone euro est rabotée à un maigre 0,8 %. C’est le retour officiel du spectre de la stagflation (faible croissance et forte inflation) dans l’assiette des Européens.
Pendant ce temps, à Paris, la France utilise sa présidence du G7 pour tirer la sonnette d’alarme sur les « déséquilibres macroéconomiques insoutenables » de l’économie mondiale. Emmanuel Macron va placer le sujet au sommet d’Évian la semaine prochaine. Le diagnostic est sans appel : la Chine affiche des excédents commerciaux records en inondant le monde de produits industriels, l’Europe souffre d’un déficit chronique d’investissement, et les États-Unis vivent à crédit sur les capitaux étrangers. C’est une fracture ouverte dans la gouvernance économique mondiale.
Signal faible à surveiller : L’exercice « Cyber Europe 2026 » vient de réunir 5 000 experts pour simuler une attaque massive contre les réseaux ferroviaires et maritimes européens, selon la Commission Européenne. Le fait que cet exercice teste pour la première fois la « Réserve de cybersécurité » de l’UE montre que la menace de guerre hybride sur nos infrastructures physiques est désormais jugée réelle, voire imminente, par Bruxelles.
Les surprises du jour
L’armée vénézuélienne dans l’Arc Minier.
Caracas vient de déployer ses troupes d’élite à Las Claritas pour chasser les gangs illégaux des gisements d’or, selon Reuters. L’objectif non dissimulé du gouvernement est de faire place nette pour attirer de grands investisseurs étrangers. Une nationalisation musclée qui montre à quel point l’accès aux ressources tangibles devient militarisé.
Le bug des prix négatifs de l’électricité.
En ce mois de juin, le combo nucléaire au maximum et pic de production solaire fait régulièrement plonger les prix de gros de l’électricité en territoire négatif le week-end. Les producteurs doivent littéralement payer pour écouler leur énergie, faute d’infrastructures de stockage à grande échelle. Un paradoxe physique absurde, alors que la facture finale des ménages français reste, elle, bloquée au prix fort.
Ce qu’il faut surveiller aujourd’hui
→ Le baptême du feu de SPCX : Les premières heures de cotation de SpaceX à New York vont aspirer une liquidité mondiale massive. Pour un investisseur européen, l’ouverture va donner le ton du compartiment « Growth/Tech » pour le reste de la quinzaine.
→ La dette publique de la France sous surveillance. Suite aux annonces de la BCE, le spread (l’écart de taux) entre l’OAT française et le Bund allemand est un indicateur clé. Quand la BCE durcit le ton et que la croissance cale, les investisseurs s’inquiètent de la santé financière des pays les plus endettés. Résultat, ils exigent des taux d’intérêt plus élevés pour prêter à la France qu’à l’Allemagne, alourdissant mécaniquement la charge de notre dette publique.
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Anaïs est responsable éditoriale freelance spécialisée dans la finance résiliente et la communication de marque en environnement réglementé.
Elle coordonne la production de contenus pédagogiques à destination des épargnants et des investisseurs chez Veracash et AuCOFFRE.com.
Son approche combine rigueur factuelle, exigence rédactionnelle et connaissance des cadres réglementaires.
