L’or spot glisse à 4 073 $ ce 24 juin. Le sursaut des indices PMI en zone euro accentue la pression sur les métaux précieux, dans un contexte de détente au Moyen-Orient.
À retenir
- Rechute des métaux précieux : L'or spot enfonce le support clé des 4 100 $ pour s'établir autour de 4 073 $, entraîné par la perspective de taux d'intérêt durablement élevés.
- Sursaut économique européen : Le PMI composite de la zone euro remonte à 49,5 en juin, porté par une surprise à la hausse en France (PMI manufacturier à 50,7), ce qui offre un répit à la BCE.
- Détente pétrolière et géopolitique : La réouverture progressive du détroit d'Hormuz et la licence de 60 jours accordée à l'Iran calment la flambée du brut.
Or et métaux précieux
L’or spot prolonge sa correction et s’établit ce mercredi autour de 4 073 $ l’once à l’ouverture des places européennes, enfonçant le support clé des 4 100 $.
Ce nouveau repli de 1,10 % confirme la mainmise des vendeurs à court terme, le métal jaune subissant le contrecoup d’indices PMI globaux publiés la veille qui alimentent les perspectives de taux d’intérêt élevés.
Les flux physiques sur les hubs asiatiques de Shanghai et Hong Kong montrent des signes d’attentisme, consolidant la rupture des pivots graphiques immédiats. L’indicateur RSI en unité de temps horaire frôle désormais la zone de survente, suggérant la proximité d’un premier plancher technique. Les acheteurs doivent désormais impérativement défendre le seuil psychologique des 4 050 $ sous peine d’ouvrir la voie à une extension baissière vers les 4 000 $.
Analyse technique de l’argent, du platine et du palladium
- Argent (61,42 $) : L’argent métal accentue son repli et glisse à 61,42 $ l’once, confirmant la rupture de sa zone de consolidation de la veille et se dirigeant vers son support technique majeur situé à 60,50 $.
- Platine (1 645,00 $) : À contre-courant du complexe des métaux précieux, le platine amorce un rebond technique à 1 645,00 $ l’once, profitant d’achats à bon compte après avoir testé ses plus bas hebdomadaires.
- Palladium (1 217,00 $) : Le palladium se stabilise temporairement à 1 217,00 $ l’once, figeant sa structure graphique sur ses niveaux de la veille après une lourde séquence baissière sous le pivot des 1 250 $.
Géopolitique et économie
PMI flash de la zone euro en hausse
Le PMI composite flash de la zone euro est remonté à 49,5 en juin, contre 48,5 en mai, dépassant les prévisions des analystes (49,1). C’est le niveau le plus haut en trois mois. La France crée la surprise à la hausse : son PMI manufacturier repasse en expansion à 50,7 (contre une prévision de 50,1), les services bondissent à 47,4 depuis un niveau très bas de 44,3, et le composite atteint 47,6 contre une prévision de 46,0. Encore en contraction, mais le rythme d’amélioration est frappant. Des signes de détente inflationniste apparaissent également : les coûts des intrants progressent au rythme le plus lent depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
La traduction directe pour la BCE : un PMI qui remonte est un argument pour marquer une pause en septembre plutôt que d’enchaîner une deuxième hausse. Christine Lagarde l’a dit elle-même : chaque décision sera prise « au cas par cas, en fonction des données. » Ces nouvelles données plaident pour la prudence.
Pourquoi l’or baisse alors qu’Ormuz rouvre ?
Washington a accordé à l’Iran une licence de 60 jours pour vendre son pétrole sur les marchés internationaux, et le trafic dans le détroit d’Hormuz reprend progressivement. Le Koweït et les Émirats ont déjà rouvert des routes d’exportation alternatives, et l’Iran a expédié plus de 30 millions de barils la semaine passée. La mécanique est contre-intuitive mais logique : plus le pétrole baisse, moins l’inflation menace, moins la Fed est sous pression, ce qui aurait dû, en théorie, soulager l’or.
Mais les investisseurs se tournent désormais vers le rapport PCE (indice d’inflation préféré de la Fed) attendu jeudi, qui déterminera si la pression sur les taux est réellement en train de refluer. J.P. Morgan résume sobrement : « L’or est dans un no man’s land technique, au-dessus de la MM200 jours mais bloqué sous la MM50 jours. La plupart des investisseurs l’ont mis en veille. »
La guerre des détroits
Le podcast « L’Heure du Monde » s’interroge aujourd’hui : après Ormuz, faut-il craindre une guerre des détroits ? En effet, 90 % du commerce mondial voyage par mer, et cinq points de passage en contrôlent l’essentiel : Ormuz, Bab el-Mandeb, Suez, Malacca, Bosphore. L’Iran se trouve au cœur de trois d’entre eux.
L’Arabie Saoudite a réorienté une partie de ses exportations vers son pipeline « Est-Ouest » reliant Abqaiq à Yanbu, soit une capacité de 5 millions de barils par jour comme voie de secours. Malacca, quant à lui, concentre 60 à 80 % des importations énergétiques chinoises. Sa fermeture serait un cataclysme pour toute l’Asie orientale. Pour la France, la base de Djibouti (1 500 militaires) est positionnée précisément à l’entrée de Bab el-Mandeb. Les marchés sont entièrement liés à ces réalités physiques, et le marché des métaux précieux n’y échappe pas.
Faits surprenants
Les Suédois, champions européens du boursicotage
La Suède détient le taux d’actionnaires individuels le plus élevé d’Europe, plus de 60 % des ménages détennant des actions d’après Le Monde. Ce chiffre s’explique par une culture financière construite dès l’école, des comptes d’épargne-actions fiscalement avantageux (ISK) depuis 1990, et une confiance dans les marchés qui tranche avec la méfiance française. En France, moins de 8 % des ménages détiennent des actions en direct.
Greenspan est mort à 100 ans. Alan Greenspan, ancien président de la Fed dont les signaux ont secoué les marchés mondiaux pendant deux décennies, est décédé lundi 22 juin à l’âge de 100 ans. L’homme qui a popularisé l' »exubérance irrationnelle » des marchés en 1996 aura présidé à la plus longue expansion économique américaine. Sa mort survient dans un contexte où son institution, la Fed, est au cœur d’une bataille sur son indépendance.
À surveiller aujourd’hui
→ PCE de mai (indice d’inflation préféré de la Fed), demain jeudi 25 juin. C’est le chiffre qui décidera si le marché intègre une hausse de la Fed en décembre ou non. Un core PCE sous 2,7 % soulagerait l’or. Au-dessus, la pression sur les taux s’intensifie.
→ Négociations Iran/États-Unis en Suisse, encore et toujours. Les discussions techniques se poursuivent toute la semaine. Tout signal de rupture ou d’avancée sur le nucléaire iranien fera bouger le pétrole et par ricochet l’inflation anticipée et le cours des métaux précieux.
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Anaïs est responsable éditoriale freelance spécialisée dans la finance résiliente et la communication de marque en environnement réglementé.
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