Le marché de l’argent métal, bien qu’en déficit structurel depuis des années, était plutôt maîtrisé par ces principaux acteurs : les industriels. Mais depuis quelques mois, sous la pression des ETF silver (l’argent papier), du besoin important des centres serveurs de l’IA et de la qualification comme métal stratégique par l’administration Trump, la demande en argent métal est vraiment sous pression.
Disclaimer : cet article a une vocation pédagogique et ne remplace pas les conseils d’un professionnel qualifié.
L’essentiel
- La demande en argent métal reste sous tension en raison du développement des centres serveurs de l’IA
- Les produits financiers basé sur l’argent métal ont explosé en volume en 2025
- Le placement sur la liste des métaux stratégiques américains est-il en train de remonétiser l’argent ?
Une demande en argent métal qui reste dominée par l’industrie
Les chiffres de la demande en argent métal en 2025 ne sont pas totalement consolidés au moment nous rédigeons ces lignes. En 2024, la demande totale mondiale s’est élevée à environ 1,16 milliard d’onces, dont près de 680 millions d’onces pour la seule demande industrielle — soit près de 60 % du total.
Les principales industries consommatrices d’argent
- Photovoltaïque (solaire) : 190 à 200 millions d’onces ;
- Électronique et semi-conducteurs : plusieurs centaines de millions d’onces ;
- Véhicules électriques et électrification ;
- Réseaux électriques et équipements de puissance.

Focus IA : un accélérateur structurel
Un nouvel acteur industriel met le marché sous pression. Il s’agit des centres d’hébergement et de serveurs de l’IA. Ce n’est pas le principal poste de consommation, mais l’essor de l’IA renforce la tension existante. Chaque mégawatt IA installé dans un data center ajoute une couche supplémentaire à la demande argent métal. De plus, l’industrie de l’IA est dopée aux levées de fonds gigantesques. Elle est moins sensible aux coûts des matières premières. Elle peut acheter de l’argent métal très cher et donc déstabiliser les autres acteurs.
La joaillerie : un pilier historique mais moins moteur
La joaillerie va, par exemple, être impactée par ces tensions sur le prix de l’argent. Déjà sous pression en raison des cours élevés de l’or, la joaillerie doit se réinventer pour rester accessible aux consommateurs. En 2025, de l’or 9 carats a ainsi été utilisé et l’argent a pu être remplacé par des métaux blancs moins chers. La joaillerie représente encore environ 200 à 210 millions d’onces d’argent métal par an.
ETF : le retour massif de la demande financière
Le changement majeur entre 2024 et 2025 vient du côté des produits financiers. Ce phénomène s’est accéléré en janvier 2026. Une flambée du prix de l’argent a été enregistrée avant de provoquer une baisse brutale de 40 %.
Après une année 2023 marquée par des sorties nettes, les flux se sont nettement inversés.
Évolution du volume des ETF silver
- 2024 : environ + 60 à + 90 millions d’onces de flux nets dans les ETF argent ;
- Premier semestre 2025 : environ + 95 millions d’onces déjà enregistrées ;
- Mi-2025 : environ 1,13 milliard d’onces détenues par les ETF ;
- Pour janvier 2026 (avant la baisse), en Inde, les ETF argent ont collecté plus d’1 milliard de dollars soit l’équivalent de 11,4 millions d’once de métal. C’est une hausse de 60 % par rapport à décembre 2025.
L’argent capté par les ETF est généralement stocké physiquement pour couvrir les parts émises. Tant que les investisseurs ne vendent pas leurs positions, ce métal reste immobilisé, réduisant la disponibilité sur le marché. Il faut ajouter à cela un risque sur ce marché des ETF et autres produits financiers dérivés, puisqu’il peut exister une forte différence entre l’argent vendu « sur papier » et la réalité du stock physique. Cela peut aller de 1/100 onces à 1/500 onces.
La demande argent métal devient alors fortement financière.
Un déficit structurel d’offre persistant
C’est ici que la tension devient systémique.
La production minière mondiale s’établit autour de 820 millions d’onces par an, à laquelle s’ajoutent environ 190 millions d’onces issues du recyclage.
Face à une demande dépassant régulièrement 1,1 milliard d’onces, le marché affiche un déficit structurel récurrent depuis plusieurs années.
Devant une telle pression sur l’offre et une augmentation des prix du kilo de l’argent, on se dit qu’il serait assez simple d’augmenter l’extraction. Les sociétés minières y trouveraient leur compte.
Mais 70 à 80 % de l’argent extrait est un sous-produit de mines de cuivre, plomb ou zinc. La production ne réagit pas rapidement aux hausses de prix de l’argent… si les autres métaux ne suivent pas.
Argent classé métal stratégique : un tournant majeur en 2025
En novembre 2025, les États-Unis ont officiellement ajouté l’argent à la liste des minéraux critiques publiée par l’U.S. Geological Survey (USGS), aux côtés du cuivre, du silicium ou de l’uranium.
L’argent est désormais reconnu comme :
- Essentiel aux technologies énergétiques et numériques ;
- Stratégique pour la sécurité économique ;
- Vulnérable aux perturbations d’approvisionnement.
Depuis cette date, l’argent n’est plus seulement un métal précieux ou industriel, il devient une matière stratégique pour les chaînes de valeur du XXIᵉ siècle. C’est le développement de l’hébergement des datas de l’IA qui est à l’origine de ce bouleversement.
Vers une remonétisation de l’argent métal ?
C’est une thèse soutenue par Jean-François Faure (PDG de Veracash, NDLR) : une forme de “remonétisation indirecte” de l’argent métal.
Selon lui, plusieurs éléments convergent comme un stock ETF de plus en plus important, une demande industrielle stratégique croissante et une reconnaissance officielle comme métal critique. Enfin, certaines banques centrales ont ajouté l’argent métal comme élément de leur réserve de valeur aux côtés de l’or et des obligations.
Évolution de la demande d’argent métal en 2026
En 2026, la demande d’argent métal devrait globalement se maintenir à un niveau élevé. Le Silver Institute a publié le 10 février 2026 un long communiqué qui fait le point sur les prévisions de la demande mais aussi de l’offre en 2026.
Le marché mondial restera déficitaire pour la sixième année consécutive, avec un déficit estimé à environ 67 millions d’onces, signe d’un déséquilibre structurel persistant entre offre et demande.
La fabrication industrielle, premier moteur du marché, devrait reculer légèrement d’environ 2 %, à 650 millions d’onces, principalement en raison d’une baisse de la demande du secteur photovoltaïque qui a fait de gros efforts pour diminuer le poids de l’argent dans les panneaux. Mais cette baisse sera compensée par la croissance continue des centres de données, des technologies liées à l’intelligence artificielle et du secteur automobile, qui soutiennent les applications électroniques et électriques du métal.
La joaillerie, fortement pénalisée par les prix record, devrait chuter de plus de 9 % à environ 178 millions d’onces, tandis que l’orfèvrerie reculerait encore davantage, notamment en Inde où la sensibilité aux prix est élevée.
À l’inverse, l’investissement physique (pièces et lingots) devrait rebondir fortement, en hausse de 20 % pour atteindre environ 227 millions d’onces selon le Silver Institut.
Enfin, les encours mondiaux des produits financiers, l’argent papier, avoisinent désormais 1,30 milliard d’onces.
Côté offre, la production minière progresserait modestement à 820 millions d’onces, tandis que le recyclage dépasserait 200 millions d’onces. Ces hausses restent insuffisantes pour combler le déficit structurel d’offre d’argent métal.
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