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Évolution du cours de l'or sur 100 ans
En un siècle, le cours de l’or a tout vu : guerres mondiales, crises financières, inflation galopante, bouleversements monétaires. Retracer son évolution depuis 1925 permet de comprendre ce qui fait bouger ce métal si particulier, et pourquoi il continue de fasciner investisseurs et épargnants.
Ce contenu est publié à titre d’information. Il ne constitue pas un conseil d’investissement. Seuls les Conseillers en Investissement Financiers CIF sont habilités à conseiller les investisseurs.
Historique du cours de l'or sur 100 ans
Comprendre comment l’or a évolué, c’est aussi comprendre comment l’économie mondiale s’est transformée. Chaque pic, chaque vallée, raconte une crise, une décision politique ou un changement dans la manière dont nous percevons la monnaie. Analyser l’historique du cours nous permet ainsi de comprendre comment ces différentes dynamiques interagissent entre elles.
Le graphique du cours sur 100 ans
Entre 1920 et 2025, le cours de l’or est passé d’environ 20 dollars à plus de 4 500 dollars l’once. Cette multiplication par plus de 200 masque cependant des réalités très différentes selon les périodes : longues phases de stabilité administrée, corrections brutales et cycles haussiers marqués.
En euros, la progression est similaire avec une once cotée autour de 3 800 euros fin 2025, bien que les fluctuations du taux de change euro-dollar ajoutent une couche de complexité pour les investisseurs européens.
1920–1971 : un demi-siècle de prix administré
Une valeur fixée par décision politique
Pendant une grande partie du XXe siècle, le cours de l’or n’est pas déterminé par le marché, mais fixé par les États dans le cadre de l’étalon-or. Aux États-Unis, l’once est officiellement à 20,67 dollars depuis 1879. Ce prix traverse la Première Guerre mondiale sans bouger, résiste aux turbulences des années 1920.
Puis arrive la Grande Dépression. En 1933, face à un pays à genoux, Roosevelt fait l’impensable : il dévalue le dollar et porte l’or à 35 dollars l’once. Ce nouveau prix restera inchangé jusqu’en 1971, soit près de quarante ans.
L'Europe lâche prise, les États-Unis tiennent le cap
En Europe, c’est une autre histoire. Sous la pression de la crise de 1929, des dévaluations et des contrôles de change, les pays abandonnent l’étalon-or classique les uns après les autres. Le Royaume-Uni saute le pas dès 1931, la France résiste jusqu’en 1936 malgré ses importantes réserves d’or.
Mais si l’étalon-or classique disparaît en Europe, le prix de l’or reste fixé à 35 dollars l’once par les États-Unis dans le cadre de Bretton Woods, jusqu’à la rupture de 1971.
Une stabilité en trompe-l'œil
Cette stabilité apparente masque des déséquilibres croissants. Les États-Unis impriment massivement des dollars pour financer la Seconde Guerre mondiale, puis la guerre du Vietnam. Les réserves d’or, elles, ne suivent pas.
Bon à savoir
La stabilité du prix avant 1971 reflète un choix politique, pas une réalité de marché. C’est comme maintenir le thermostat d’une pièce à 20°C alors que la chaudière surchauffe : la température affichée reste stable, mais le système est sous pression.
1971–1980 : la rupture monétaire et l’envolée des prix
La fin de l'étalon-or
Le 15 août 1971, le président américain Richard Nixon enterre le système de Bretton Woods, en place depuis 1944. C’est une rupture historique : pour la première fois depuis des siècles, les principales monnaies nationales ne sont plus adossées à l’or et reposent uniquement sur la confiance que leur accorde le marché. Le système monétaire international bascule alors dans un régime de changes flottants.
Une décennie de turbulences
Dès lors, le prix de l’or devient un prix de marché. Et la réaction ne se fait pas attendre : en moins de dix ans, le cours explose, passant d’environ 35 dollars l’once en 1971 à plus de 800 dollars en janvier 1980.
Les facteurs d'une forte hausse du cours de l'or
Comment expliquer ces sommets historiques ? Ils sont le résultat de la convergence de plusieurs forces.
Inflation élevée
Les économies occidentales connaissent une inflation à deux chiffres. Aux États-Unis, elle atteint 13,5 % en 1980 selon les statistiques officielles américaines. Le pouvoir d’achat des monnaies s’effondre.
Chocs pétroliers
Le premier choc pétrolier de 1973, provoqué par l’embargo des pays arabes producteurs, fait quadrupler le prix du baril. Le second choc pétrolier de 1979, dans le sillage de la révolution iranienne, amplifie encore la crise énergétique mondiale.
Instabilité géopolitique
La guerre du Vietnam, la révolution iranienne de 1979, l’invasion soviétique de l’Afghanistan la même année… La décennie accumule les tensions internationales.
Perte de confiance dans les monnaies
Les dévaluations successives du dollar et des principales devises poussent investisseurs et épargnants à chercher refuge ailleurs.
Pourquoi un tel engouement si l’or ne produit pas d’intérêts ni de dividendes ? Parce qu’il offre ce que les monnaies ne garantissent plus à cette période : la conservation du pouvoir d’achat face à une inflation galopante.
1980–2000 : deux décennies de désamour relatif
Après le pic des 800 dollars en janvier 1980, l’or entame une longue descente.
L’once glisse progressivement vers 300-400 dollars. La chute dure presque vingt ans et le point bas est atteint en août 1999 à 252 dollars (environ 240 euros), soit une baisse de près de 70 % par rapport au sommet de 1980. Pour les investisseurs qui avaient misé sur l’or au plus haut, c’est un désastre.
Pourquoi le contexte est défavorable au métal jaune
Les années 1980 et 1990 sont marquées par un retournement complet du climat économique. La lutte contre l’inflation menée par Paul Volcker à la tête de la Réserve Fédérale américaine porte ses fruits : l’inflation retombe sous les 4 % dès 1983. Les politiques monétaires rigoureuses rétablissent progressivement la confiance dans les monnaies. En cette période d’accalmie, le dollar et le mark allemand redeviennent des valeurs sûres.
En même temps, les marchés financiers s’envolent. Le Nasdaq grimpe de 400 % entre 1995 et 2000. À côté, l’or fait pâle figure : aucun dividende, aucune plus-value mirobolante. Il paraît terne, dépassé. Les investisseurs se détournent massivement du métal jaune pour se tourner vers les actions technologiques, l’immobilier ou les obligations d’État.
Même les banques centrales changent leur fusil d’épaule. La Banque d’Angleterre vend une partie importante de ses réserves entre 1999 et 2002, considérant l’or comme une relique d’un autre temps. D’autres institutions suivent le mouvement.
L’or ne disparaît pas du paysage économique, mais il sort du centre du jeu. On parle de « traversée du désert » pour le métal jaune.
À retenir :
Une baisse prolongée du cours de l’or n’est pas une anomalie historique. Elle correspond à des périodes de stabilité monétaire et de croissance financière.
2000–2011 : mondialisation, crises et retour de l'or
Le réveil du métal jaune
Le début des années 2000 marque un tournant. L’or sort de sa léthargie et entame un nouveau cycle haussier spectaculaire : d’environ 250 dollars en 2000, l’once grimpe à plus de 1 900 dollars en septembre 2011. En euros, la progression est similaire avec une once qui passe de 300 euros à 1 400 euros
Les moteurs de la hausse
Les crises s’enchaînent. D’abord la bulle internet qui explose en 2000-2001, effaçant des milliards de valorisations. Puis, bien plus grave, les subprimes en 2007-2008. Cette fois, c’est tout le système bancaire qui vacille. Les banques centrales sortent alors l’artillerie lourde : injection massive de liquidités et abaissement des taux d’intérêt à des niveaux historiquement bas. Parallèlement, la Chine et l’Inde émergent comme puissances économiques et deviennent des acheteurs massifs d’or.
Face à cette accumulation de crises, les investisseurs se tournent à nouveau vers le métal jaune. Même les banques centrales changent de stratégie : selon le World Gold Council, leur demande d’or redevient positive à partir de 2010, inversant une tendance vieille de plusieurs décennies. Celles qui vendaient hier recommencent à acheter.
2011–2025 : volatilité et nouveau régime monétaire
2011-2019 : une période contrastée
Après le pic de septembre 2011, la correction est brutale. En quatre ans, l’once retombe autour de 1 050 dollars (environ 950 euros), perdant près de 45 % de sa valeur. La reprise économique américaine et la perspective de hausses de taux d’intérêt pèsent sur le métal jaune.
Mais cette baisse reste relative. Entre 2016 et 2019, l’or se stabilise et consolide ses positions autour de 1 200-1 500 dollars. Le Brexit en 2016, les tensions commerciales sino-américaines et les incertitudes politiques maintiennent une demande soutenue pour les actifs refuges. L’or semble alors avoir retrouvé un équilibre. Mais début 2020, tout bascule.
2020-2025 : l'accélération récente
La pandémie de Covid-19 marque un tournant décisif. En août 2020, l’or franchit les 2 000 dollars l’once pour la première fois de son histoire. Les années suivantes confirment la tendance : l’once atteint 2 600 dollars en 2024, puis franchit la barre symbolique des 4 500 dollars, soit plus de 3 800 euros en décembre 2025.
Les facteurs contemporains de l'évolution du cours
D’où viennent ces pics marqués ? De plusieurs facteurs qui se cumulent.
L’inflation repart à la hausse en 2021-2022, atteignant 9 % aux États-Unis et dans la zone euro. La guerre en Ukraine débutée en février 2022, les tensions sino-américaines et l’instabilité au Moyen-Orient alimentent la demande d’actifs refuges.
Les banques centrales reprennent massivement leurs achats : selon le World Gold Council, elles acquièrent plus de 1 000 tonnes en 2022 et à nouveau au-delà de 1 000 tonnes en 2023, des volumes historiquement élevés. La Chine, la Turquie et les pays du Golfe mènent ces acquisitions.
Ces tensions multiples poussent l’or vers un record historique fin 2025. Peut-on en déduire que la hausse va continuer ? Difficile à dire. Les performances passées ne garantissent jamais les performances futures et chaque situation mérite d’être analysée dans son contexte propre. Si vous souhaitez mieux comprendre le comportement de l’or dans cette dernière décennie, notre article sur l’ évolution du cours de l’or sur 10 ans vous apportera une grille de lecture complète.
À retenir
Que nous enseigne ce siècle d’histoire pour mieux comprendre le comportement du cours de l’or ? Plusieurs leçons se dégagent de cette analyse :
- Une trajectoire non linéaire
L’or n’évolue pas de manière parfaitement prévisible. Il alterne phases de stabilité (parfois pendant plusieurs décennies), corrections brutales et cycles haussiers marqués. Chaque mouvement reflète un contexte économique précis : les grandes hausses correspondent aux ruptures monétaires et aux périodes de tensions, tandis que les phases de stagnation coïncident avec les périodes de stabilité économique.
- Les facteurs d’influence déterminants
Quatre forces font bouger le cours de l’or. L’inflation d’abord, qui grignote le pouvoir d’achat des monnaies. Les banques centrales ensuite, surtout quand elles touchent aux taux d’intérêt. Les crises géopolitiques, bien sûr. Et enfin quelque chose de plus intangible : la confiance, ou la méfiance des marchés.
- Un actif de préservation, pas de rendement
L’or ne produit pas d’intérêts ni de dividendes et n’offre aucun rendement financier. Son rôle s’inscrit dans une logique de diversification et de préservation patrimoniale à long terme, jamais comme un moyen de générer des gains rapides. Son comportement généralement anticyclique en fait un outil de stabilisation dans une stratégie d’investissement globale.
Comme toujours, chaque situation patrimoniale reste singulière et mérite un accompagnement adapté par un professionnel qualifié.
Questions fréquentes
Glossaire
Once troy : Unité de mesure pour les métaux précieux équivalant à 31,1 grammes.
LBMA : London Bullion Market Association, qui établit le cours de référence de l’or deux fois par jour.
Étalon-or : Système monétaire où la valeur d’une monnaie est directement liée à une quantité fixe d’or.
Prix spot : Prix de l’or pour livraison immédiate sur le marché physique.
Bretton Woods : Accords de 1944 établissant un système monétaire international basé sur le dollar convertible en or.
Sources
- World Gold Council, Gold Demand Trends
- London Bullion Market Association, Gold Price Data
- Banque de France, Réserves officielles d’or