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Gold Reserve Act 1934 : quand Roosevelt a « nationalisé » l'or de ses citoyens
En 1934, Franklin D. Roosevelt a fait adopter une loi qui reste gravée dans l’histoire monétaire : le Gold Reserve Act. En pleine Grande Dépression, l’État américain a interdit la conversion des dollars en or et transféré la totalité de l’or monétaire au Trésor. Retour sur l’une des plus grandes confiscations d’or de l’Histoire récente.

30 janvier 1934 : le jour où l'or est devenu propriété de l'État
Ce matin-là, Franklin D. Roosevelt signe le Gold Reserve Act. La loi est claire : tout l’or monétaire détenu par les banques, les institutions financières et la Réserve fédérale devient propriété du Trésor américain. Les Américains ne peuvent plus convertir leurs dollars en or. L’étalon-or, pilier du système monétaire depuis 1900, vient de prendre un coup fatal.
En échange de cet or, le gouvernement verse des dollars au taux de 35 $ l’once, soit 69 % de plus que le prix fixé en 1900 (20,67 $ l’once). Cette dévaluation brutale marque un tournant dans l’ histoire du cours de l’or au XXème siècle : la valeur comptable des réserves d’or du Trésor explose de 2,81 milliards de dollars en une journée. Une manne que Roosevelt utilise pour créer l’Exchange Stabilization Fund, un fonds que le Trésor contrôle pour intervenir sur les marchés des devises, sans autorisation de la Fed.
Avant la loi : l'Executive Order 6102, ou comment forcer les citoyens à rendre leur or
Le Gold Reserve Act de 1934 n’est que l’aboutissement d’un processus entamé un an plus tôt. Le 5 avril 1933, Roosevelt avait signé l’Executive Order 6102, qui interdisait la « thésaurisation » d’or. Concrètement, les Américains avaient jusqu’au 1er mai 1933 pour remettre leurs pièces, lingots et certificats d’or à la Réserve fédérale, sous peine de 10 000 $ d’amende (l’équivalent de 240 000 $ aujourd’hui) ou de 10 ans de prison. De quoi en dissuader plus d’un !
Quelques exceptions existaient : les particuliers pouvaient garder jusqu’à 100 $ en pièces d’or (environ 5 onces), les pièces de collection reconnues, et l’or utilisé dans l’industrie, la dentisterie ou la joaillerie.
Résultat : environ 2 600 tonnes métriques d’or ont été collectées. Mais selon les estimations, seuls 25 % des pièces d’or en circulation ont été rendues. Beaucoup d’Américains ont ignoré l’ordre ou fait sortir leur or du territoire. Les autorités n’ont pas systématiquement poursuivi les contrevenants, faute de moyens pour traquer l’or caché.
Pourquoi cette confiscation ? La Grande Dépression et la panique bancaire
En mars 1933, les États-Unis sont au plus profond de la Grande Dépression. Les banques ferment en série, le chômage explose, et les Américains perdent confiance dans le système bancaire. Beaucoup échangent leurs billets contre de l’or physique, ce qui vide les réserves de la Fed et paralyse le système.
Roosevelt estime que cette « thésaurisation » empêche la relance économique. Son objectif : reprendre le contrôle de l’or pour pouvoir dévaluer le dollar, augmenter la masse monétaire, et relancer l’économie en faisant remonter les prix.
Mais pourquoi l’or est-il si précieux aux yeux des épargnants ? Justement parce qu’il échappe au contrôle direct des États et conserve sa valeur quand la confiance dans la monnaie papier s’effondre.
Il y a pourtant un problème juridique : les dollars étaient censés être convertibles en or. En confisquant l’or et en interdisant sa conversion, le gouvernement brise cette promesse. Roosevelt justifie cette mesure par la « justice » : puisqu’il n’y a pas assez d’or pour tout le monde, personne ne sera payé en or.
Le saviez-vous? La Double Eagle de 1933 est l'une des pièces les plus rares au monde
L’une des conséquences les plus étonnantes de cette confiscation concerne une pièce mythique : le Double Eagle de 1933. Cette pièce de 20 dollars or, frappée en 1933, n’a jamais été mise en circulation. Presque tous les exemplaires ont été fondus après l’Executive Order 6102.
Mais une vingtaine de pièces ont « disparu » avant leur destruction. L’une d’elles a été vendue aux enchères en 2002 pour plus de 7,5 millions de dollars. En 2021, un autre exemplaire a atteint 18,9 millions de dollars, un record absolu pour une pièce de monnaie.

Les contestations juridiques : la Cour suprême valide la confiscation
Plusieurs citoyens et entreprises ont contesté la légalité de cette confiscation devant la Cour suprême. Les affaires les plus célèbres (Perry v. United States, Norman v. Baltimore & Ohio Railroad) s’appuyaient sur le 5e amendement de la Constitution, qui interdit la confiscation de propriété privée sans juste compensation.
En 1935, la Cour suprême a tranché : la confiscation était légale. Le gouvernement avait le pouvoir de modifier la valeur du dollar et d’interdire les clauses contractuelles en or. Un précédent juridique majeur.
1974 : les Américains retrouvent le droit de posséder de l'or
Il faudra attendre 41 ans pour que les Américains récupèrent pleinement le droit de posséder de l’or. Le 31 décembre 1974, le président Gerald Ford signe une loi qui abroge les restrictions. Depuis cette date, les citoyens américains peuvent à nouveau acheter et détenir de l’or librement.
Entre-temps, en 1971, Richard Nixon avait mis fin à la convertibilité internationale du dollar en or, marquant la fin de l’étalon-or et ouvrant l’ère de la monnaie fiduciaire pure, dont la valeur repose uniquement sur la confiance et non sur un actif physique.
Le Gold Reserve Act aujourd'hui : quel héritage ?
Le Gold Reserve Act a laissé des traces durables. L’Exchange Stabilization Fund (ESF) créé par la loi existe toujours aux États-Unis. Le Trésor américain l’utilise pour stabiliser le dollar et intervenir sur les marchés des changes. En 2008, l’ESF a même été utilisé pour garantir temporairement les fonds monétaires pendant la crise financière des subprimes.
Les États-Unis détiennent aujourd’hui environ 8 133,5 tonnes d’or, les plus grandes réserves mondiales. Pour mettre ce chiffre en perspective, cela représente une fraction significative de la quantité d’or sur Terre : on estime qu’environ 200 000 tonnes d’or ont été extraites depuis le début de l’humanité. Mais cet or américain est valorisé à un prix comptable fixe de 42,22 $ l’once depuis 1973, bien loin du cours du marché. Une anomalie comptable qui ne reflète en rien la valeur réelle de ces réserves.
Une leçon pour les épargnants d'aujourd'hui ?
Le Gold Reserve Act rappelle une réalité inconfortable : l’or physique peut être confisqué. Cette loi soulève une question fondamentale : à quoi sert l’or aujourd’hui ? Pour certains épargnants, il demeure une protection contre l’inflation et les crises monétaires… à condition de le détenir hors du système bancaire.
Avec des déficits publics qui explosent, une inflation persistante et des tensions géopolitiques croissantes, cette histoire résonne aujourd’hui différemment. Quand les États sont dos au mur financièrement, ils finissent souvent par prendre des mesures radicales. Une confiscation brutale à la Roosevelt ? Peu probable dans nos démocraties occidentales. Mais d’autres formes de ponction existent : hausses de la fiscalité sur les plus-values, contrôles des mouvements de capitaux, gel temporaire des avoirs. L’imagination administrative ne manque jamais de ressources.
Les spécialistes de la protection patrimoniale insistent sur plusieurs précautions : diversifier géographiquement ses actifs, privilégier la détention physique en dehors du circuit bancaire classique, et étudier les juridictions qui inscrivent la protection de la propriété privée dans leur Constitution. Certains se tournent aussi vers les pièces numismatiques, exemptées en 1933, sans garantie que cette exception se répète.
Mark Twain aurait dit que « l’histoire ne se répète pas, mais elle rime« . Une chose est sûre : l’histoire monétaire reste imprévisible, et l’or demeure au cœur des tensions entre liberté individuelle et pouvoir étatique. Pour mieux comprendre comment les marchés réagissent aux incertitudes contemporaines, consultez l’évolution du cours de l’or .
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