Faut-il investir dans l'or ou le palladium ?

L’or et le palladium sont tous deux des métaux précieux. Pourtant, les mettre côte à côte revient un peu à comparer une épargne réglementée et un billet de loterie. Leur fonctionnement est différent, leurs usages aussi, et ne parlons même pas (en fait, si, nous allons en parler) de leur profil de risque.
Voici quelques clés de compréhension pour vous faire une opinion.

Ce contenu est publié à titre d’information. Il ne constitue pas un conseil d’investissement. Seuls les Conseillers en Investissement Financiers (CIF) sont habilités à conseiller les investisseurs.

Acheter de l'or

Pourquoi investir dans les métaux rares ?

Diversifier son patrimoine, c’est l’un des principes les plus anciens de la gestion financière. Dans le langage courant, c’est l’application du fameux “ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier”. L’or et l’argent sont les premières pistes explorées , mais d’autres métaux comme le palladium suscitent régulièrement l’intérêt des investisseurs, attirés par leur rareté et leurs applications industrielles.

La rareté est en effet un facteur déterminant dans la formation des prix. Le palladium est extrait en quantités très limitées. Selon le World Gold Council et les données de l’USGS, la production mondiale annuelle de palladium représente environ 200 tonnes, contre près de 3 500 tonnes pour l’or. Cet écart considérable explique en partie l’attrait qu’il exerce sur certains investisseurs.

Mais rareté ne signifie pas stabilité. Et c’est là que la comparaison avec l’or est utile.


Le palladium, un métal précieux au destin industriel

Le palladium (symbole chimique : Pd, numéro atomique 46) appartient à la famille des platinoïdes, aux côtés du platine, du rhodium ou de l’iridium. Découvert en 1803 par le chimiste britannique William Hyde Wollaston, il tire son nom de l’astéroïde Pallas, découvert deux ans plus tôt. Voilà, c’était la petite anecdote pour les amateurs de culture scientifique.

L’industrie automobile absorbe environ 80 % de la production mondiale de palladium, selon les données industrielles reprises notamment par Mineralinfo. Le palladium joue un rôle crucial dans la fabrication des pots catalytiques des véhicules à moteur thermique, où il contribue à réduire les émissions polluantes. On le retrouve également dans l’électronique, la dentisterie et certaines applications chimiques.

Bon à savoir :
La Russie assure environ 40 % de l’offre mondiale de palladium. Nornickel, groupe minier russe, est le premier producteur mondial de ce métal. Cette concentration géographique expose le marché du palladium aux tensions géopolitiques de manière bien plus directe que l’or, dont la production est répartie sur de nombreux continents.

Évolution du cours du palladium : une trajectoire sous haute tension

Pour comprendre le palladium comme actif d’investissement, rien de tel que d’observer l’évolution de son cours sur les vingt dernières années. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le graphique n’est pas linéaire.

Entre 2017 et 2022, le prix du palladium a connu une progression spectaculaire. En mars 2022, au lendemain de l’invasion russe en Ukraine, le métal a atteint un record historique à plus de 3 000 dollars l’once, selon les données de Mineralinfo, dépassant alors le cours de l’or. La crainte d’une pénurie d’approvisionnement russe avait en effet déclenché une ruée des investisseurs.

Puis vint la chute… Dès la seconde moitié de 2022, le cours du palladium a amorcé une correction sévère. Fin 2023, le prix du palladium avait reperdu environ 70 % par rapport à son record, pour s’établir aux alentours de 900 à 1 000 dollars l’once. Sur l’ensemble de l’année 2023, le recul avoisinait 40 %, soit la pire performance annuelle depuis la crise financière de 2008. Mais comme toujours en investissement, les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Deux facteurs principaux expliquent cette brutale dévissée. D’une part, la Russie a maintenu son offre malgré les sanctions, dissipant les craintes de pénurie. D’autre part, la transition vers les véhicules électriques s’accélère : ces derniers n’utilisent pas de pots catalytiques, donc pas de palladium. La part des voitures thermiques dans les nouvelles immatriculations européennes est passée de 56 % en 2018 à 36 % en 2022, selon les données de l’ACEA (Association des Constructeurs Européens d’Automobiles). Une tendance structurelle qui pèse durablement sur la demande industrielle.

En 2025, le cours du palladium semble avoir trouvé un plancher autour des 900 dollars l’once, avec des tentatives de rebond observées mi-2025. Mais les fortes variations demeurent la norme sur ce marché, ce qui en fait un actif risqué et plutôt complexe, à l’instar du  diamant (même si les raisons de cette complexité diffèrent entre ces deux actifs).


Alors, faut-il privilégier l'achat d'or ou de palladium ?

L’or et le palladium ne répondent pas aux mêmes logiques, ne servent pas les mêmes objectifs financiers et ne s’adressent pas aux mêmes profils.

L'or : un actif patrimonial résilient sur le long terme

L’attrait de l’or repose sur différents facteurs : une demande mondiale structurelle et diversifiée (banques centrales, joaillerie, industrie, investisseurs), une offre contrainte par les capacités d’extraction, et une reconnaissance universelle comme réserve de valeur depuis des millénaires.
Le cours de l’or suit une trajectoire longue, marquée par des périodes de hausse et de consolidation, mais avec une volatilité bien moindre que celle des métaux industriels.

Pour un investissement dans l’or sur le long terme, la stabilité relative du métal jaune en fait un outil de diversification reconnu, cité régulièrement dans les stratégies patrimoniales des grands fonds souverains et banques centrales. L’or est comparable à une assurance incendie pour votre patrimoine : on ne spécule pas dessus, on le détient parce qu’on est conscient de ce qu’il protège !

Le palladium : un métal industriel à la merci de la demande automobile

Le palladium, lui, est avant tout un matériau de production. Sa valeur est directement corrélée à la santé de l’industrie automobile mondiale et à la part de marché des véhicules thermiques. Ces deux facteurs sont sous pression actuellement, ce qui en fait un actif à surveiller mais difficile à évaluer sur le long terme sans expertise sectorielle poussée.

Les fortes variations du marché du palladium sont inhérentes à ce type d’actif : entre son record à plus de 3 000 dollars en mars 2022 et son niveau de 900 dollars fin 2023, le métal a perdu 70 % de sa valeur en moins de deux ans. Une amplitude qui donne le vertige à bien des épargnants.

À retenir

Le palladium peut faire partie d’une réflexion sur les métaux stratégiques, mais en tant que composante marginale d’un portefeuille déjà solide, et avec une compréhension précise des risques sectoriels.
Investir dans l’or reste, pour la majorité des épargnants, un choix robuste dans une stratégie de diversification patrimoniale sur le long terme, notamment pour préserver son pouvoir d’achat face à l’inflation.

  • Le palladium est un métal industriel dont environ 80 % de la demande provient de l’industrie automobile (pots catalytiques des véhicules à moteur thermique). Sa dépendance à ce secteur unique en fait un actif à forte volatilité.
  • Le cours du palladium a atteint un record historique de plus de 3 000 dollars l’once en mars 2022, avant de perdre environ 70 % en moins de deux ans, retombant autour de 900 dollars fin 2023.
  • La transition vers les véhicules électriques constitue un risque structurel pour la demande en palladium à moyen et long terme.
  • L’or et le palladium ne se substituent pas : l’or répond à une logique patrimoniale de long terme, le palladium à une logique industrielle et plus spéculative.

Questions fréquentes

Est-ce que le palladium est un bon investissement ?
Le palladium peut présenter un intérêt pour des investisseurs disposant d'une forte tolérance au risque et d'une expertise sur les marchés industriels. Attention cependant, ce n'est pas un investissement de tout repos ! Ses fortes variations rendent difficile son intégration dans une stratégie d'épargne classique et exigent une solide tolérance au risque.
Quel est l'avenir du palladium ?
Personne n'a de boule de cristal ! Cependant, les faits montrent que la demande en palladium est étroitement liée aux ventes de véhicules thermiques. La progression des véhicules électriques, qui n'utilisent pas de pots catalytiques, pourrait peser structurellement sur la demande dans les prochaines décennies. Les analystes restent partagés sur l'ampleur et le rythme de ce recul.
Quel est le métal le plus rentable ?
Chaque métal répond à des dynamiques spécifiques que seule une analyse approfondie permet de comparer. L'or ne produit pas d'intérêts ni de dividendes, autrement dit, il ne vous rapporte pas d'argent tant que vous le détenez. Parler de "rentabilité" d'un métal précieux est donc inexact au sens strict. Certains métaux comme le palladium ont connu des phases de hausse très rapides… et des chutes tout aussi sévères. N'oubliez pas que comme toujours en investissement, les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
À part l'or, existe-t-il d'autres valeurs refuges ?
Certains actifs jouent un rôle de diversification dans un portefeuille : l'argent métal, le platine, l'immobilier ou encore les obligations souveraines sont régulièrement cités. Mais leur comportement en période d'incertitude économique varie selon les crises. Cet article a pour seul objectif de vous informer, pas de vous conseiller. Si vous souhaitez être accompagné de manière personnalisée, votre conseiller en patrimoine est la personne la mieux placée pour ce faire.

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